Archives de Catégorie: Immigration en France

Le Mouvement associatif issu de l’immigration et la citoyenneté

Albano Cordeiro, économiste-sociologue

Stage CNFPT

Rennes, 16 janvier 2004

 1. Les questions concernant ce qui est convenu appeler l’«immigration» peuvent être abordées de différentes modes d’approche. Soit la population concernée est prise comme «étrangère », alors même que cette population peut comporter des français, naturalisés ou descendants d’étrangers établis en France depuis longue date, soit comme des « immigrés », vocable qui rappele que, indépendamment de la nationalité française qui leur est accordée pour une grande partie,cette population est « d’ailleurs ». Ces « immigrés » ont comme contrepartie des « français de souche ».

L’usage du participe passé est symptomatique de l’attitude qui consiste à considérer comme acquis que ceux qui sont « immigrés » sont « extérieurs » à la France « proprement dite ». Dans d’autres pays, en particulier les nouveaux pays des « nouveaux continents », la population venue de l’extérieur est plutôt appelée « immigrants », terme qui rappele une action (d’immigrer), et qui comme action, elle fini avec l’acte d’entrer dans le pays et avec la première installation. Lire la suite

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LA PARTICIPATION DES JEUNES PORTUGAIS AU MOUVEMENT DES JEUNES ISSUS DE L’IMMIGRATION DES ANNEES 80

Albano CORDEIRO
CNRS Paris
         Lors du dernier colloque du SITI* nous avons constaté avec regret que le rôle des jeunes portugais dans 
le mouvement des jeunes issus de l'immigration des années 80 apparaissait comme n'ayant eu aucune relevance. 
Cette participation n'a pas été mentionnée une seule fois comme le laissait prévoir le choix des intervenants 
sur ce sujet.
        L'enjeu de cette implication de jeunes portugais dans Convergence 84 pour l'Egalité était d'asseoir une
 alliance entre deux générations venant de communautés différentes mais qui pour une grande part partageaient 
un passé et un destin communs. En outre en vertu de deux dynamiques totalement distinctes les portugais et les 
algériens de France avaient des raisons d’œuvrer de façon convergente pour ouvrir des brèches dans les 
barrières que la société‚ et l'Etat français opposent à l'affirmation publique des identités issues de 
l'immigration. Lire la suite 
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Le va-vient des Portugais en Europe

Albano Cordeiro
chercheur à l’URMIS (Unité de Recherche Migrations et Société),
laboratoire du Cnrs, Paris
in revue Projet, octobre 2002

Les Portugais sont sans doute aujourd’hui les Européens qui “pratiquent” le plus l’espace européen (1).
Dans les décennies 60 et 70, est partie du Portugal une des plus importantes migrations intra-européennes du 20e siècle : en douze ans, plus d’un million de personnes se sont déplacées.
Certes, les Italiens ont été plus nombreux, mais leur émigration s’étend sur près d’un siècle. De même, un demi-million de Polonais ont émigré vers la France entre 1919 et 1929, mais la plupart sont retournés en Pologne dans les années 30 et les premières années de l’après-guerre. Les Turcs sont plusieurs millions à avoir émigré vers l’Europe occidentale, à partir des années 60. Avec leurs descendants, ils sont aujourd’hui plus de 3 millions. Lire la suite

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« 10% de la population de France est musulmane ». Comment?

Albano Cordeiro

(à propos de l’entretien à Fouad Imarraine,

 publié sur le site des Indigènes de la République)

6/7/06

Il est extrêmement difficile sinon très mal vu, de contester des chiffres qui comptent une population de discriminés, de victimes du racisme. La remarque est immédiatement resituée dans le contexte de l’affrontement qui fait que, ou bien on est défenseurs des discriminés et on ne dit rien qui puisse « dévaloriser » leur importance, dont un des indicateurs est justement leur nombre. parce que l’on ne va pas s’occuper d’une minorité de discriminés. Mettons  350 discriminés qui ont le malheur d’avoir un quelconque défaut physique visible. C’est q’dal, à la limite il ne vaut pas la peine s’en occuper; D’ailleurs ils peuvent aussi bien se débrouiller. Non, mais!

Ceci à propos des 10% de la population de la France qui est musulmane. Oh, oh! Cela fait plus de 6 millions!!!

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Les jeunes Portugais et Convergence 84 pour l’Egalité – Ce qui s’est joué : Retour sur un échec

Albano Cordeiro

membre de la Coordination nationale de

Convergence 84 pour l’Égalité

Convergence 84 pour l’égalité est parfois citée lorsque l’on énumère les Marches des années 80. Cela se résume à l’intitulé de cette initiative ou à ajouter une date : le 1er décembre 1984, jour où environ 30000 personnes ont défilé à Paris, avec les « rouleurs » en tête. Ces mentions extrêmement sommaires, sans entrer dans des détails, laissent supposer que cette initiative partage les caractéristiques de ces marches. La difficulté à mieux en rendre compte ne tient pas uniquement au fait qu’elle est tombée dans l’oubli. C’est aussi parce que, par ses objectifs, bien que parfaitement intégrables dans ceux du dit « mouvement beur », cette initiative tenta d’infléchir ce mouvement dans une autre direction. Parler de Convergence équivaut à revenir sur des débats internes que la littérature sur les marches évite en général d’aborder.

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LES APPORTS DE LA COMMUNAUTÉ PORTUGAISE Á LA DIVERSITÉ ETHNO-CULTURELLE FRANÇAISE

Albano Cordeiro

Hommes & Migrations, 1999

L’immigration portugaise en France présente des spécificités uniques : c’est la première fois qu’une population nombreuse provenant d’un pays monoculturel et monolinguistique s’est établie en France. Forte de son identité collective nationale affirmée, cette population a su créer et maintenir de très actifs réseaux d’entraide et de solidarité, qu’ils soient  associatifs, familiaux, ou professionnels. Mais peut-on reproduire, d’une génération à l’autre, une identité culturelle « minoritaire », et donc assurer la transmission de cette  identité?

La présence de populations de différentes origines migrantes, qui se débarrassent de pratiques non socialisables dans le pays d’accueil, mais gardent les pratiques nécessaires au maintien de leur identité culturelle, apporte aux Etats-nations une diversité culturelle. La société, ses institutions, ses lois, son appareil d’éducation, devront pouvoir la gérer. Lire la suite

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DANS DIX-QUINZE ANS QU’ADVIENDRA-T-IL DE L’IDENTITÉ DES PORTUGAIS DE FRANCE ?

Albano CORDEIRO, URMIS, CNRS, Paris

Latitudes, n° 5, avril-mai 1999, pp. 3/6

Une communauté “disparue” qui a gardé son identité

La notion faussement scientifique de la « proximité culturelle » sert en général de réponse-clé à la question de la supposée « facilité » avec laquelle les Portugais résidents aujourd’hui en France et arrivés en France essentiellement dans les années 60 et début des années 70, se seraient « intégrés ». L’usage ici de cette notion semble tellement marquée par le bon sens que le cas des Portugais de France apparaît comme l’exemple même de sa justesse. La « proximité culturelle » existe et agît dans le sens de l’intégration. La preuve ? Les Portugais en France !

Quand l’interlocuteur accède à un deuxième stade de connaissance de l’immigration portugaise, cette notion sombre dans une contradiction. Comment expliquer qu’ils se sont si bien intégrés (à cause justement de leur « proximité culturelle » …) alors que des fortes minorités d’entre eux continuent, plus de trente ans après leur arrivée, à animer un extraordinaire entrelacement de multiples réseaux « internes » (entre Portugais) ? Au point que l’on a pu dire qu’ils constituaient, dans maintes situations locales, des  micro-sociétés parallèles juxtaposées à la société locale [1]

Ce comportement pluridécennal de retrait de la part des Portugais de France est le socle sur lequel l’identité portugaise a pu se maintenir jusqu’à nos jours au sein de la société française. En prolongeant les liens crées entre les familles, lors des années difficiles qui suivirent leur arrivée en France, en créant des espaces associatifs propres, en s’entraidant pour la recherche d’emploi, pour différentes tâches liées à l’éducation des enfants, les Portugais ont mis en place une sorte d’espace social propre. Nous l’avons appelé “troisième espace” [2], entre celui de la société locale française et celui du village d’origine. Lire la suite

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