Multi-appartenances

A Danielle Deriaz (franco-suisse), 24/1/10

Ton message me pousse à raconter ma multi-appartenance. Je « collectionne » quatre, desquelles seulement deux sont « officielles ».

La « base » est déjà métissée. A la base je me définis « luso-mozambicain », né dans une famille portugaise transplantée en Afrique. La culture dominante est portugaise mais le contexte africain (bien que mis à « distance » par le système) me fournit également des éléments d’identité. En fait, l’identité luso-mozambicaine advient surtout du fait d’avoir pris fait et cause pour l’indépendance du Mozambique. Comme j’explique souvent, je deviens mozambicain non pas par une légitimité puisant dans un « héritage » familial, ni dans un partage artificiel du passé du Mozambique d’avant la colonisation, mais par un choix de me projeter dans un avenir, pour construire un nouveau pays, en rupture avec l’époque coloniale. Ces engagements me portent à m’exiler, après quelques années d’université au Portugal (ce qui est venu nourrir ma portugalité). J’aboutis à l’université de Rome, où je reste cinq ans. L’expérience italienne me marquera. Je parle couramment italien. Je suis revenu en Italie des années et des années par la suite (j’habitais alors dans le Sud-est de la France). La mère de ma fille est italienne. Elle étudie actuellement à Venise. Je me suis identifié à l’italianité, je me sens à l’aise dans le milieu italien. Je n’ai jamais demandé la nationalité italienne, mais je suis italien « in petto ».
J’ai repris mes liens avec le Mozambique depuis 1994. Je suis l’actualité là-bas, pratiquement jour par jour (merci, internet). J’ai été observateur électoral à deux reprises. Je suis membre la Ligue Mozambicaine des Droits Humains. En moyenne, tous les deux ans, j’y fais un séjour de 1 à 2 semaines. La dernière fois, j’ai invité ma fille a venir connaître ma ville (Maputo), pour une semaine.

Et puis, je vis en France depuis plus de quarante ans. Je suis un peu français, bien que la portugalité, la mozambicanité et l’italianité prennent le dessus. Je supporte mal l’idéologie courante française, l’arrogance française, sa croyance d’être « Ze pays des droits de l’homme ». Des postures idéologiques  que l’on trouve aussi bien à droite qu’à la gauche.

J’ai demandé la nationalité française en 1977 pour des raisons de carrière au CNRS. Dans un premier temps elle m’a été refusée, pour des faits remontant à la période Mai 68. Avec l’arrivée de la gauche en 81, j’ai pu la redemander et je l’ai obtenue.

J’ai fait également, dans ma vie, des séjours longs au Maroc, en Algérie et au Luxembourg. Par ailleurs, actuellement, suite à un mariage tardif avec une franco-hollandaise, je suis souvent en Hollande, et nous faisons la navette Paris-Amsterdam, pratiquement toutes les deux-trois semaines. Une partie de l’année, nous la passons là-bas.

Comme disait la jeune fille dans une vignette où elle était représentée la tête par terre et les jambes en l’air : « C’est simple, je suis compliquée ! ». C’est simple, je suis luso-mozambicain-italo-français … avec quelques compléments pour faire le tour de la question.
Mes amitiés, ma chère franco-suisse.
Albano

«Le Portugais qui n’est que Portugais n’est pas véritablement Portugais » (Fernando Pessoa, cité dans un discours de l’adjoint au Maire de Clermont Ferrand, 8/2/10)

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