Sur l’ « Abrilisme » Quand la défense de la « révolution des œillets » vire à la défense du système économico-financier en place

 Albano Cordeiro, 30 Avril 2014

Dans l’article «Golpe de Estado que virou revolução. Mas o que é que ela mudou no Estado e na sociedade civil ?”, apparu dans l’hebdomadaire “Lusojornal” n° 170 (II série) du 23 Avril 2014 (dossier spécial sur le 25 Avril 1974), j’ai eu déjà l’occasion de souligner que nous avions eu, suite au coup d’état du Mouvement des Forces Armées (MFA), non pas exactement une « révolution », mais un «Processus Révolutionnaire en cours» (PREC, expression passée dans le langage courant), qui dure quelques mois, depuis le 11 mars 1975 au 25 novembre 1975. Le PREC  n’a pas débouché dans une révolution, puisqu’il fut stoppé par un ensemble informel de forces. Ces forces ont  contribué différemment à l’issue de l’affrontement qui se déroulait entre  forces « progressistes- révolutionnaires» avec ses organes de mobilisation (Commissions de travailleurs, commissions d’habitants, et commissions de soldats regroupés dans le mouvement intitulé «Soldats Unis Vaincront», SUV,  quelques Commissions de la Réforme Agraire, quelques régiments de l’armée et de l ‘aviation, quelques personnalités du MFA parmi lesquelles Otelo Saraiva de Carvalho). D’autre part, s’opposant à ces courants « progressistes- révolutionnaires» ; on retrouve toute la droite, le parti socialiste, une partie importante du MFA (version plus complète : https://albanocordeiro.wordpress.com/2014/04/24/25-de-abril-74-golpe-de-estado-que-virou-revolucao-mas-o-que-e-que-ela-mudou-no-estado-e-na-sociedade-civil/ ). L' »abrilisme » est donc l’idéologie qui consiste d’une part à associer le 25 d’Avril à une instauration de la Démocratie (sans autre précision) en Portugal et, d’autre part, à considérer que les manquements à la dite démocratie)  d’aujourd’hui  seraient dus à l’incompétence  des politiques et à leur corruption. Des arguments en termes de mérite et de moral. De telle sorte que la viabilité du système économico-financier; et la démocratie dans le pays, ne sont pas mis en cause. La permanence des élites économiques et financières qui, cachés derrière le suffrage universel, nous dirigent réellement, est ainsi considérée un phénomène « naturel », sur lequel il n’est pas question de se poser des questions. Et permettent aux mêmes élites,  qui ont dénaturé  la dite « démocratie», de se présenter comme des adeptes et défenseurs  de la même. La démocratie représentativo-parlamentaire ne constitue pas un instrument  pour lutter contre l’inégalité sociale et économique, donc elle ne peut constituer une vraie démocratie. La démocratie représentative met en place un transfert de souveraineté des citoyens vers des élus qui, à leur tour, sont -dans la réalité- dirigés par les partis et pas par des citoyens. Ces partis sont la plupart (et les plus forts)  sous influence directe de ces élites: La recherche[i] a pu montrer que l’insuffisance d’information, voir la désinformation et la mal-information, assurent aux  élites économico-financières la continuité de leur domination en matière d’orientation général de la vie politique d’un pays. Une fois établi comme «allant de soi» que le suffrage universel est l’expression même de la Démocratie, Si tant est qu’il respecte les règles de la démocratie dite «représentative», ce régimes met en place un système d’ALTERNANCE de partis ou de  coalisions de partis,  tout en permettant des idéologies contestataires «minoritaires» de s’exprimer, sans que cela déstabilise la continuation de la domination économique, financière, politique et culturelle des élites associées au pouvoir. En guise de conclusion Le coup d’état du 25 Avril 1974  a enclenché un processus révolutionnaire de courte durée (le dit PREC). Cette  issue n’était pas, manifestement, prévue par les promoteurs du coup. Elle a été donc stoppée, le 25 Novembre 1975 par une partie de ses promoteurs (MFA), associée à des forces traditionnelles dites démocrates (PS principalement). Une « normalisation» (bien nommée) a été accomplie, par un retour aux objectifs premiers, ceux de mettre fin à une dictature (obstinée à poursuivre une guerre anachronique dans ses colonies) et instaurer une république dotée d’une «démocratie» classique, représentativo- délégataire. Cette «normalisation» a été passivement acceptée par le PCP, à cause d’une probable non viabilité d’un régime socialiste, en plein dans le « monde occidental » et  soutenu par l’Union Soviétique. Par  ailleurs une importante partie de l’opinion publique jugeait  également non-viable un régime «révolutionnaire» proposant  une alternative au système capitalisto-financier  en vigueur dans la plupart  des pays de la planète. Le coup d’état du 25 Avril 1974  n’est pas entré en rupture  avec ce système économique, financier, social et culturel. Capable de faire monter  le revenu moyen des habitants d’un pays, il s’avère être éminemment  créateur d’inégalités entre les classes modestes, disposant  jusqu’à 60% du revenu  moyen, et  les classes supérieures disposant  des plus grands revenus salariaux et  autres[ii].  Cette élite bénéficiaire du régime a des moyens de maintenir  l’opinion publique actuelle dans la croyance «naturelle» (à ne pas mettre en question) qu’il n’y a pas d’autre système viable. Faisant croire que le coup d’état du 25 Avril 1974  a opéré une rupture avec le régime précédent, l’Abrilisme va dans le même sens, dans la mesure où l’on nie qu’il puisse y avoir une Alternative au système actuel créateur d’inégalités..   [i]  Dans la vaste littérature au sujet  de la démocratie «réellement existante», citons «La démocratie d’abstention» (Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, coll. Folio actuel, Gallimard, 2007 455 p.) et « L’Opinion, ça se travaille …. », par ACRIMED, Action Critique des Médias  éd. Agone, 2006, 215 p.) Ils ont fermé les yeux sur la domination insolente de la finance qui a réussi à noyauter les états-majors politiques y compris dans le gouvernement PS. (Edgard Morin, Les somnambules se rendorment  Mediapart.fr  07 juin 2014  http://blogs.mediapart.fr/blog/edgar-morin/070614/les-somnambules-se-rendorment [ii]  Ce phénomène d’inégalités croissantes est appelé en matière de sport «EFFET PELETON». Plus le peloton avance plus la distance augmente entre le groupe en tête et le groupe en queue de peloton. La « croissance » devient ainsi un facteur d’inégalités.

 

 

 

 

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