Archives Mensuelles: février 2014

MIA COUTO – Le pays du « plains-toi et laisse passer ». La porte

  LA PORTE.

par    MIA  COUTO

C’était une fois une porte qui, au Mozambique, ouvrait vers le Mozambique. Tout près de la porte, il y avait un portier. Est arrivé un indien mozambicain et a demandé à passer. Le portier a entendu des voix disant :

–         Ne  lui ouvre pas ! Ces gens-là ont la manie de passer devant !

Et le portier ne lui a pas ouvert la porte. Est arrivé un métis mozambicain, voulant entrer. Á nouveau, on a entendu des protestations :

–         Ne le laisse pas passer. Ceux-là ne sont pas la majorité !

Est apparu un blanc mozambicain et le portier a été assailli de protestations :

–         N’ouvrez pas. Ceux-là ne sont pas des gens de notre origine !

Et la porte est restée fermée. Est apparu un noir mozambicain demandant à passer.  Et tout de suite se sont levées des protestations :

–         Celui-là est  du Sud . On en a marre de ces préférences  …

Et le portier lui a nié le passage.

Un  autre mozambicain de race noire est apparu, réclamant le passage :

–         Si vous laissez passer celui-là, nous allons t’accuser de tribalisme !

Le portier a gardé à nouveau la clé, ne consentant pas à la demande.

C’est alors qu’est apparu un étranger, donnant des ordres en anglais, avec  le portefeuille plein d’argent. Il a acheté la porte, a acheté le portier et mis la clé dans la poche.

Depuis lors, aucun autre mozambicain n’est passé par cette porte-là,  par où, à une époque passée, ouvrait du Mozambique vers le Mozambique.

* Cette expression a un lien avec une autre, datant des années 80, où il était question de définir le Mozambique comme le pays du «deixa-andar» (laisse-aller, laisse-passer). «Deixa» est devenu «Queixa» qui signifie plainte mas aussi n’importe quelle protestation

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O pais do queixa-andar. A porta

 

Nous éditons un conte de l’écrivain mozambicain MIA COUTO, en raison non seulement de sa  qualité, mais aussi du fait qu’il en ressort une synthèse  allégorique de la société du pais.

Albano Cordeiro

O PAÍS DO QUEIXA-ANDAR

A Porta
Era uma vez uma porta que, em Moçambique, abria para Moçambique. Junto da porta havia um porteiro. Chegou um indiano moçambicano e pediu para passar. O porteiro escutou vozes dizendo:
Não abras! Essa gente tem mania que passa à frente!
E a porta não foi aberta. Chegou um mulato moçambicano, querendo entrar. De novo, se escutaram protestos:
Não deixa entrar, esses não são a maioria.
Apareceu um moçambicano branco e o porteiro foi assaltado por protestos:
-Não abre! Esses não são originais!

E a porta não se abriu. Apareceu um negro moçambicano solicitando passagem. E logo surgiram protestos:
– Esse aí é do Sul! Estamos cansados dessas preferências…

E o porteiro negou passagem. Apareceu outro moçambicano de raça negra, reclamando passagem:
– Se você deixar passar esse aí, nós vamos-te acusar de tribalismo!

O porteiro voltou a guardar a chave, negando aceder o pedido.
Foi então que surgiu um estrangeiro, mandando em inglês, com a carteira cheia de dinheiro. Comprou a porta, comprou o porteiro e meteu a chave no bolso.
Depois, nunca mais nenhum moçambicano passou por aquela porta que, em tempos, se abria de Moçambique para Moçambique.
 
Mia Couto

 

 

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