LA COMMUNAUTÉ PORTUGAISE DANS LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE – colloque Hendaye 2012

Communication  de :

Albano Cordeiro, économiste-sociologue

Colloque Immigration portugaise, RAHMI,

Hendaye, 16 novembre 2012

Plutôt que «les apports de la communauté française à la société française», j’appellerai (plus simplement) ma contribution au débat «La communauté portugaise dans la société française».

Cela veut dire que j’essayerai par-là de formuler quelques observations quant à la manière dont cette communauté s’est adaptée au contexte d’un nouvel environnement culturel, social et économique. Sachant toutefois que ces interactions de la dite «communauté portugaise», pour la plupart des portugais arrivés «déjà nés» (nés au Portugal) dans le contexte français, se prolongent désormais, pour la plupart d’entre eux et d’entre elles, pour trente à quarante ans. Une durée, pendant laquelle chaque individu, chaque famille, a eu à faire face à une grande multiplicité de situations, auxquelles ils-elles ont pu trouver maints issues, différentes les unes des autres, et dont nous ne pourrions jamais donner ne serait-ce qu’un simple aperçu.

Communauté, communauté … Vous avez dit «Communauté» ?

Pour commencer, je dirai deux mots sur l’usage du mot «communauté». Vous n’êtes pas sans savoir que, si l’on se tient dans le cadre de l’idéologie -bien française- dite «républicaine»,  ce mot est banni. Banni parce que la République ne reconnait pas de «communautés». Mais -bien sûr- il y a des libertés de langage qui permettent son usage.

Si l’on prend la définition classique («caractère de ce qui est commun à plusieurs personnes», Larousse), il n’y a pas de doute que les portugais, par filiation, constitué indiscutablement une communauté, et on ne verrait pas pourquoi on nous interdirait, en France d’utiliser ce mot en qui nous concerne.

Mais il existe un autre usage du mot «communauté». Dans ce cas, il se rattache à l’idée d’ «organisation communautaire».  Tandis que dans la première définition, le caractère commun  qui désigne la communauté n’a aucune incidence précise sur le comportement de celui ou celle qui est concerné-e. dans cet autre  usage du terme, les appartenants entretiennent des relations entre eux qui structurent la population concernée avec les activités organisées collectivement, ce qui sous-entend généralement la notion de partage de valeurs   communes, et particulièrement la solidarité… mais aussi les conflits interne qui témoignent d’une communauté active vivante.

En sociologie de l’immigration nous définissons communautés les populations qui assurent partiellement ou totalement (ce qui est rare) des fonctions collectives de différents ordres, entre autres celle du maintien d’une culture commune ; en fait, il s’agît principalement de populations localisées ou dispersées (mais maintenant des contacts entre ses appartenants) qui entretiennent des réseaux internes d’une densité plus forte (et relativement distincts) que celle de la population en générale.

Les Portugais de France forment-ils une communauté ?

Au premier sens, aucun doute qu’ils constituent une communauté, puisqu’ils sont des portugais juridiquement parlant.                                                                                          Quant au deuxième sens. Si  -pas tous les Portugais de France !… mais une partie non négligeable pratique  de larges échanges entre eux et  s’engagent dans des actions visant un public de portugais, ce qui nous amène à affirmer qu’ils vivent  communautairement, qu’ils forment une communauté.  Un phénomène qui s’observe surtout les concentrations de résidents portugais dans un espace déterminé.  Par contre, il est difficile de soutenir que cette vie communautaire  s’observe sur la totalité de l’espace français.

Mais s’il y a bien des concentrations de Portugais de France (Seine et Marne, dans la région parisienne, ; Auvergne, des communes autour de Clermont-Ferrand,  et d’une manière générale autour de la plupart des grandes villes,  Lyon, Lille, Strasbourg, Grenoble, …), une partie importante d’entre eux réside et travaillent disséminés sur le territoire de la France, sans contacts – ou avec peu de contacts- avec d’autres portugais. Pour ceux-ci, la vie en communauté (dans la communauté) n’est guère à leur portée.

Il convient de rappeler également que la fraction jeune, scolarisée en France, dont les nés dans les années 60, 70 et 80, sont déjà dans le marché  du travail depuis des dizaines d’années, et qui, ayant subi une double influence culturelle, peuvent, selon les cas, vivre totalement dans un milieu français, soit rester dans le milieu portugais pour ce qui concerne une partie de leur vie extra-familiale, soit, encore, passer d’un milieu à un autre selon les circonstances.

Mais, d’une manière générale, dans les concentrations de Portugais résidant en France, ceux-ci  entretiennent  des échanges entre eux à une fréquence relativement élevée au sein de réseaux de voisinage, au sein de groupes issus du même village, et organisent et fréquentent des activités de loisirs et des activités culturelles. Ce qui nous amène donc à dire qu’ils forment une «communauté» – ou plutôt une multiplicité de «communautés locales», bien que l’existence  d’une concentration géographique de quelques dizaines ou centaines de familles n’implique pas nécessairement la présence d’un phénomène de type communautaire. Par contre, il s’avère difficile de défendre l’existence d’une «communauté portugaise» structurée au niveau national (français). En effet, l’’organisation communautaire est surtout basée sur des associations locales et des associations des communes voisines, s’adressant, approximativement, à un même public.  Cette dispersion de noyaux locaux communautaires n’a jamais donné lieu à une structure réellement représentative  de la communauté portugaise de France, malgré le fait que quelques tentatives ont eu lieu dans ce sens[1].  De ce fait, l’ensemble des communautés portugaises n‘a jamais eu à faire à des «porte-paroles» ou des «représentants» de la communauté.

De la non-conflictualité à l’invisibilité

Déjà présente en France, dans les années 20 et 30, l’émigration portugaise vers la France s’envole littéralement dans les années 60, au point de devenir, en peu plus d’une décennie, la population immigrée la plus nombreuse de France.

La dite – et supposée- «proximité culturelle» entre Portugais et Français, souvent proclamée, sert en général d’explication du fait qu’il n’y aurait «pas de problèmes» avec les Portugais. Et cela, bien que l’histoire de l’immigration nous enseigne que cet aspect n’est pas suffisant pour mettre les communautés issues de l’immigration à l’abri des français racistes. Voire les belges, les polonais, les espagnols, les italiens, pour lesquels la dite «proximité culturelle» (européens, catholiques) ne les a pas mis à l’abri du racisme et des conflits avec la communauté française «de souche». Pour qui connaît l’histoire de France de l’immigration, ces attitudes n’ont pas de quoi étonner, puisque, comme nous apprend cette histoire, les populations immigrées en France devenues “nombreuses” subissent l’hostilité voire l’agressivité de français et d’anciens immigrés établis de longue date. Il s’agît en règle de français et d’anciens immigrés qui vivent en contact avec ces “nouvelles populations”, et qui ressentent ce contact comme signifiant leur propre déchéance et “personnifient” dans ces gens venus d’ailleurs, les causes non maîtrisées de la situation subie et ses désagréments.

Du temps de fortes arrivées annuelles d’immigrés, des attitudes hostiles envers les portugais n’étaient pas absentes. Parfois, les chroniques d’actualité des quotidiens signalaient, ici et là, des incidents entre français et portugais. Un racisme “de frottement” de la part de français habitant dans les proximités des lieux d’habitat de travailleurs était ressenti. Ces cas n’ont pas pris néanmoins des proportions comparables avec les migrations antérieures.

Face à ces attitudes que connaissent les immigrés, un peu partout dans le monde, ils vont chercher, par différents moyens, à se rendre « invisibles »,  à passer « inaperçus », à forger des eux-mêmes une image qui ne puisse pas offrir de prise à l’hostilité de la population du pays d’installation. Sauf préjugés positifs diffus[2], avant l’arrivée massive d’une population déterminée, la représentation que se font les populations locales avec lesquelles commence à se pratiquer la cohabitation, tend à la suspicion : «Qui sont ces gens-là ?».

Maîtriser cette image constitue même l’une des fonctions du mouvement associatif que, en général, toutes les immigrations créent partout. Le fonctionnement communautaire de la culture rurale et villageoise, chez des populations venues en général des campagnes, se met en place en vue de “faire la police” sur tous les membres “de la communauté”, en particulier les plus remuants et inconscients, pour qu’ils “ne salissent pas” leur “image collective”. Dans les petits et moyens villages ruraux portugais, ce type de comportement – surveillé au sein des familles- visait à préserver leur honneur. L’un des vecteurs de ce comportement dans les concentrations des Portugais en France, repris à un niveau collectif dans le milieu associatif et dans les occasions de loisir dans les espaces publics. Nous pensons que cela a constitué l’un des multiples facteurs agissant dans le sens de l’«invisibilisation» de la population portugaise résidente en France.

La conjoncture historique pendant laquelle débute la grande vague d’immigration portugaise en France, est également favorable à une réussite de la stratégie de discrétion et du souci d’une image de gens-«qui ne posent pas de problèmes». Cette immigration débute alors que la «Guerre d’Algérie» se termine, et les années suivantes sont marquées par ce fait. D’abord, par les craintes de la part des patrons du BTP, de voir partir «leurs» travailleurs algériens, alors très nombreux dans ce secteur. Des départs observables  dès l’été 1961[3].

Ces retours en Algérie se poursuivent les années suivantes, mais le courant s’inverse dès le début 1964 (en Algérie, l’échec de la réforme agraire est alors patent). Les arrivées sont tellement importantes que, en Avril 1964, le Ministre français du Travail, Gilbert Grandval, sollicite in extremis –et l’obtientun accord au Ministre algérien de la Population, Mohamed Nekkache, pour que les arrivées de travailleurs algériens soient strictement limitées à mille par mois.

La question de la dite «intégration des Portugais».  Les trois significations du mot «intégration»

Mais c’est bien le contentieux franco-algérien, lié à l’issue de la guerre de l’Algérie, qui va favoriser la construction d’une image -définie comme «positive»- des Portugais de France, que, le cas échéant, s’est contraposée à celle de l’algérien, et plus largement, des maghrébins.

Les algériens (par extension, des maghrébins), «ayant refusé de devenir français» par une lutte pour l’indépendance, et ayant «fait partir» près d’un million de Français établis en Algérie[4] -ce qui laisse un traumatisme dans la mémoire des concernés (mais aussi de ceux et celles non directement concernés), vont devenir la cible privilégiée des racistes français[5]. C’est ainsi qui se forge ce qui nous avons appelé «le paratonnerre maghrébin»[6] vis-à-vis des racistes.

Face à un constat que la communauté portugaise vit en France en bonnes conditions de revenus, le problème se pose de savoir si le mot approprié à faire état de ce fait est celui d’«intégration».

Pour aborder cette question, il convient de rappeler que l’on peut attribuer à ce terme trois significations –au moins- bien distinctes. Distinctes mais qui apparaissent confondues dans le discours sur l’ «intégration des Portugais» en France.

– La première est celle que nous appliquions ici aux Portugais immigrés en France, c’est à dire, l’ «intégration» entendue comme «une bonne situation sociale»,  comme un bon positionnement dans le marché de l’emploi, ou comme « une bonne situation économique », du fait de disposer de bons revenus, pas proprement « élevés » mais suffisants pour s’offrir un certain confort, grâce aux moyens que ces mêmes revenus permettent. Dans ce sens, quelqu’un qui est « intégré » n’est pas censé être un marginal, ni une personne des «milieux défavorisés». C’est être « comme les autres », sous-entendu des gens « normaux », sous-entendu également  des appartenants à la classe la plus nombreuse, du moins comme « style de vie », la « classe moyenne » qui elle-même se procure les biens (status symbols) et cherche à adopter le mode de vie des classes supérieures.

Dans ce sens, «être intégré» est précisément accomplir une partie du «Rêve Portugais»[7] des immigrés portugais.

– Un deuxième sens est celui qui prosaïquement peut être exprimé par «ils sont comme nous» (nous, français). Cette affirmation recherche son fondement dans une idée reçue, qui est celle de la «proximité culturelle» entre les portugais et les français et qui se prévaut de deux caractéristiques qui, outre le fait qu’elles sont réellement communes, sont souvent mises en exergue de façon à renforcer l’idée de «proximité» : la latinité et la pratique de la « même religion » (sous-entendue, celle catholique)[8].

A cette deuxième signification vient se superposer une autre. L’expression utilisée coïncide en effet avec l’idée d’«assimilation» –qui, elle, est politique. Ce terme désignait la politique française dans les colonies : apporter la civilisation c’est rendre culturellement les indigènes «semblables» aux français. En les «assimilant», ils adopteraient les mœurs françaises et se  reconnaîtraient dans la culture française[9].

Suite à la crise de l’idéologique coloniale concomitante avec la montée des revendications pro-indépendance dans les anciennes colonies françaises, après la II Guerre Mondiale, le terme « assimilation » fut remplacé dans le langage courant par le mot «intégration»[10].  En justification de ce changement sémantique, fut avancée l’idée que l’offre (non plus une imposition)  de «devenir comme les français» se ferait dans le «respect de la culture de l’autre»  … ce qui ressemble beaucoup à une précaution oratoire. En effet, l’adoption du mot « intégration » ne constitue pas une réelle rupture de contenu, raison pour laquelle il est courant que l’assimilationniste se réclame adepte de l’«intégration» sans y voir une quelconque contradiction, mais plutôt une variante plus «à la mode».

L’adoption du terme « intégration » a gardé la connotation républicaine d’«assimilation». L’adjectif «républicaine», qui  rend plus de force au concept d’intégration, est utilisé justement  pour signaler cette filiation à l’idéologie du même nom.

Un renforcement qui s’accompagne de l’idée que ladite signifie également que l’«intégré»  se doit  (devrait) d’adhérer  à la République. Et, par la même, se sentir donc un appartenant  à l’État-nation France. En associant l’idée républicaine à «État-nation», la France devient une communauté nationale nommée par l’oxymore « communauté de citoyens », seule communauté imaginable en République[11]. Donc lorsque l’on y devient citoyen on doit (devrait) devenir National français, s’inscrivant dans la continuité historique de la Nation « que tant de générations ont forgé ».

-Enfin, la troisième signification du mot  «intégration »  se réfère non pas à la Nation ni à une situation sociale de «Monsieur Tout le Monde», mais au fait social de « Vivre Ensemble », de « Faire Société ».

Sous cet angle, « être intégré » signifie être partie prenant des enjeux collectifs qui concerne l’ensemble de la société. Cela signifie une présence dans l’espace public en tant que composante de la société.

Dans le contexte français, où domine l’idéologie républicaine, les identités collectives à caractère culturel, relevant donc d’une autre culture que celle française, n’ont pas de droit de cité dans l’espace public. Penser que, seul l’individu français (individu parce que des sous-divisions des Français seraient inconcevables) peut manifester dans l’espace public, relève de la fiction.  Mais le fait est qu’il serait difficile imaginer qu’une communauté culturelle, comme celle portugaise, se faire acteur de l’espace public.

Pourtant, cette participation à l’espace public de la part de plusieurs acteurs collectifs (autour de problématiques qui les concerne) existe bel et bien.  C’est cette participation qui permettrait de dire si la communauté portugaise est présente comme composante de la société française » ou si, dans cette communauté, les tendances prévalentes vont plutôt dans le sens de ne pas « s’immiscer dans les affaires françaises » (de la société française) et vivre en quelque sorte à part, jusqu’à ce que personne ne s’aperçoive qu’il existe une communauté portugaise en Française et qu’elle se soit fondue, par conséquence, dans la masse anonyme[12]. Et soit devenue un objet d’étude historique.

C’est sur cette troisième signification que, face à un constat d’une quasi-absence d’interventions de voix portugaises dans les débats de société qui se déroulent dans l’espace public, au sein de la société française, que certains avancent un autre avis que celui que l’on entend aussi bien du côté français que portugais[13].

Les voix maghrébines, par contre, sont présentes dans cet espace public, démontrant par là une intégration citoyenne qui ferait défaut aux portugais.  Or, la communauté portugaise, bien que inférieur en nombre que résidents en France ressortissants des trois pays du Maghreb (les Algériens étant les plus nombreux dans cette population), reste une des principales sous-populations de ce pays.

Cette absence de l’espace public est un phénomène constatable, mais point saisissable scientifiquement, puisque les comportements en ce domaine sont liés à des facteurs culturels. Pour l’approcher  et l’étudier, ce serait nécessaire entreprendre des études dits «culturalistes» qui prêtent facilement le flanc à d’innombrables critiques, souvent justifiées puisque leurs conclusions ont un degré de généralisation qui induisent multiples erreurs d’analyse. Ces études heurtent également le sens d’observation de tout et chacun en nous montrant de cas concrets qui échappent à ces généralisations.

Dans ces comportements interviennent également des facteurs institutionnels qui induisent des contraintes et des «critères de normalité» des comportements, suivis par un grand nombre de personnes. Ces « critères de normalité » sont analysables, et c’est ce que nous essayons  d’amorcer ici.

Le jeu des  trois significations du mot « intégration »

Que cela concerne les Portugais, ou toute autre population d’origine immigrée, l’usage du mot «intégration»  est surdéterminé. D’une part, par une forte connotation positive-négative : « être intégré, c’est bien» – « ne pas être intégré, c’est mauvais, soit très mauvais ».  Un «non-intégrable»[14], c’est quelqu’un indigne de la France (que la culpabilise, du moins)…  bien que l’Etat français s’efforce de ramener les «non-intégrés» sur la bonne voie. La politique publique « d’Immigration » est là puisqu’il y a bien l’affichage d’une politique du même nom.

« Intégré » est un mot-code dans la communication : « on vous considère comme nous-autres». Pour un immigré angoissé de savoir s’il est bien accepté ou, au contraire, hostilisé, se sentir dire qu’il est «intégré», est particulièrement rassurant.

D’autre part, il est également surdéterminé par sa signification républicaine (deuxième indiquée ci-dessus), même si cela peut paraître une répétition de la valorisation- dévalorisation qui s’opère déjà avec la connotation positive-négative dont nous avons parlé précédemment.

C’est bien dans ce contexte que l’avis concernant la troisième signification (absence relative de l’espace et du débat publics) est mal perçu, incompréhensible voir –même- malveillant, bien que soit celui qui est basé sur un vécu prolongé au sein de la société française.

La force du jugement sur la «bonne intégration» des Portugais est que l’affirmation peut trouver, comme sous-entendu, une base objective (ou perçue comme telle) dans le fait qu’il s’agît de la communauté qui, pour une majorité de la population concernée, a atteint un niveau de vie que peut la placer comme une composante de la classe moyenne «française» (en France). Donc, la situation économique observable chez les Portugais crédibilise l’affirmation.

Mais cette affirmation peut alors être décodée, sans que cela apparaisse dans le discours (message implicite), que les Portugais sont tout désignés pour devenir Français ou « comme les Français ». Pourquoi pas ? Il n’y a pas de problème particulier au fait que les Portugais, à la longue, deviennent tous Français ou « comme les Français ».  D’ailleurs cela se produit de façon sereine – et imparable- par la scolarisation et l’insertion dans les multiples réseaux de convivialité entre pairs, pour la génération née ou grandie en France.

Les échanges où se produisent ces jugements (banalisés, par ailleurs) se font dans le cadre et dans le périmètre d’une idéologie largement reprise dans la plupart des milieux sociaux que les uns et les autres fréquentent. Cette idéologie de l’Etat-Nation, républicaine, fournit un autre contenu à l’affirmation. Du fait que, dans la Nation Républicaine, il ne saurait y avoir d’autres identités culturelles que françaises. Dans la République tous sont citoyens, donc tous sont des nationaux, donc de culture et histoire communes. Dire « vous êtes intégrés » implique ipso facto la négation d’une reconnaissance de l’identité culturelle portugaise.

Les Portugais le veulent-ils ? C’est bien la question que nous posions dans l’article cité  de 1999, publié dans Latitudes[15].

 

 

 

 


[1] C’est le cas d‘abord, de la CCPF (Coordination des Collectivités Portugaises de France), créée dans les années 80. La CCPF se définit comme un réseau associatif de services. Y adhérent plus d’une centaine d’associations (un septième ou un huitième du total estimé d’associations portugaises). Ajoutons le cas de la FAPF (Fédération des Associations Portugaises de France) des années 90, qui réunissait autour d’une centaine d’associations. Dans sa Charte d’Objectifs, elle se proposait de “Représenter la communauté portugaise  et son mouvement associatif auprès des autorités portugaises, françaises, européennes et internationales». En définitive, la FAPF est restée un réseau associatif  (région parisienne et quelques autres points du territoire), avant de cesser ses activités quelques années après.                                                                                   La figure du réseau associatif, plus ou moins étendu sur le territoire, pourrait aussi être attribué au CEDEP (Collectif d’Etudes et de Dynamisation de l’Emigration Portugaise,  1983- début des années 90), qui avait la particularité d’entretenir un réseau d’associations françaises et franco-immigrées (celles-ci par l’intermédiaire du CAIF, Conseil des Associations Immigrées de France). Aussi l’Association Cívica,  dirigée par Paulo Marques, qui se définit comme une association d’élus d’origine portugaise, revendique des liaisons  avec un réseau d’associations plus ou moins politiquement marquées (sensibilité centre-droite).

[2] Ex : la proximité d’une famille britannique dans sa résidence secondaire française …

[3] A. CORDEIRO et J.L.GUFFOND, (1979), “ Les Algériens de France – ceux qui partent et ceux qui restent ”, Université des Sciences Sociales de Grenoble  – Ministère du Travail et de la Participation, Mai 1979, 127 p. (+annexes).

[4] Les «Français d’Algérie» est une expression qui englobe les européens non-français établis en Algérie et qui se sont repliés sur la France après la déclaration d’indépendance, ainsi que les  Algériens de souche, de confession juive, devenus Français en vertu du Décret Crémieux de 1870.

[5] Racistes français pour lesquels jouait également l’image dévalorisée d ‘«indigènes» du temps colonial.

[6] Albano Cordeiro(1990), « La communauté portugaise a été protégée jusqu’ici par le paratonnerre maghrébin« , in L’Europe multicommunautaire 1989/1990 ”, n° spécial de la revue  Im’média / Plein Droit.

[7] «Le Rêve Portugais» fut le nom donné à la première exposition sur les Portugais immigrés en France, réalisée par José Vieira, et organisée par le CEDEP dans les années 80. L’idée est celle d’une recherche d’ascension sociale.

[8] Cette mise en avant de la « proximité culturelle » entre Français et Portugais est une construction sociale, une rhétorique qui fait fi du fait que les liens historiques entre le Portugal et la France sont trop faibles pour que l’on n’en fasse pas état comme facteur qui rapprocherait d’avance les deux peuples mis en contact.  Entre le Portugal, le plus ancien allié du Royaume Uni, et la France, le plus grand ennemi de la « perfide Albion »,  les relations furent plutôt limitées. Ceci dit, il est possible  tout de même, de citer quelques épisodes, le premier desquels, la participation du Corps Expéditionnaire Portugais, sous commandement anglais, qui s’est battu à la frontière franco-belge dans les deux dernières années de la I Guerre Mondiale.

[9]  Ce qui ne signifiait pas nécessairement les rendre citoyens français, puisqu’ils étaient d’abord des «sujets coloniaux».  Mais ils devenaient «civilisés».                                                                                                                                                          L’assimilation ne mettait pas fin aux discriminations que les sujets coloniaux subissaient. D’ailleurs c’est bien ce qui arrive à ces anciens sujets coloniaux qui sont les habitants des DOM-TOM, qui eux ont acquis, en outre,  la nationalité française, mais restent encore la cible de discriminations diverses.

[10] Ce mot a été d’ailleurs utilisé lors de la guerre d’Algérie, comme proposition alternative à l’indépendance.

[11] Dominique Schnapper est l’une des idéologues qui propagent cette doctrine républicaine. «La Communauté des citoyens, sur l’idée moderne de nation », Paris: Gallimard, Paris (1994).

[12] Un article paru dans Latitudes d’avril-mai 1999 abordait ce risque qui plane sur la communauté portugaise. Mais précisons  que le but était de renforcer les tendances à ce que cette communauté soit plus présente dans l’espace public français (Albano Cordeiro, «  Dans quinze ans qu’adviendra-t-il de l’identité des Portugais de France », in Latitudes, n° 5, pp. 3/6.

[13]  L’intervention de voix portugaises ne se justifie nullement pour nombre de sujets qui sont débattus dans scène sociale et politique française. Par contre, il y a bien des sujets où cela se justifierait, comme la politique d’immigration (par exemple : le débat sur l’immigration irrégulière), la politique touchant à la diversité culturelle (par exemple : le traitement des langues minoritaires), l’école, animation culturelles d’une ville, Etc.

[14] Le rapport Calvez (1968) sur la « nouvelle politique d’immigration » distinguait les populations «assimilables», lesquelles seraient accueillies en France, dans le cadre de l’immigration, et les populations  «non-assimilables», dont il était question de les dissuader de s’installer en France.

[15]  Voir note 11

Tagué ,

Une réflexion sur “LA COMMUNAUTÉ PORTUGAISE DANS LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE – colloque Hendaye 2012

  1. LF dit :

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