Citoyenneté et nationalité

Albano Cordeiro, janvier 2010

Il y a une vraie difficulté à définir la citoyenneté – la définition classique qui y voit un corpus de droits et devoirs est piégeuse parce que la nature des critères pour en être titulaire peut en faire un privilège ou en faire un état auquel on a accès sous des conditions. L’avantage de lier la citoyenneté à la résidence est que la citoyenneté se « territorialise » par le simple constat de résider dans ce territoire-là. On y accède via un fait objectif. Mais il y aurait bien sûr d’autres raisons une desquelles est que notre action se fait en général dans une proximité de socialibilité. La citoyenneté a à voir avec le social. Et pour avoir du social il agir et interagir dans un cadre de proximité, avec des gens avec qui on est susceptible d’entrer en relation. La citoyenneté hors-sol ne marche pas. C’est l’appartenance à la société et non pas à une appartenance (supposée) à la communauté imaginaire de la Nation qui fond la citoyenneté. Mais nous devrions tenir compte du fait que la territorialisation de la citoyenneté par la résidence ne couvre pas tous les engagements et interventions possibles dans des domaines de la vie sociale dans lesquels chacun est ou peut être impliqué ou qui risque d’impliquer (malgré le « chacun »). En termes de liens sociaux non plus. Ces engagements, terrains din d’intervention et liens ont une territorialisation -changeante, par ailleurs-, mais ne sont pas, en tant que tels, territorialisés. Pour couvrir tout ce champ la notion de citoyen mondial est pertinente. Mais on sait bien que la reconnaissance de quelqu’un en tant que citoyen, passe par le statut de « citoyen » défini par les états, et « citoyen du monde  » n’est pas encore un statut. Il y a une autre façon d’aborder la notion de citoyenneté en l’ancrant à la notion de responsabilité, d’une part, et aux droits de l’homme d’autre part. Pour résumer : « Tout être humain responsable est citoyen, où qu’il se trouve » Cela ne résout pas la question pratique du statut. Pour être effective et garantie, la citoyenneté a -hélas, j’allais dire – d’être adossée à un Etat. … à condition qu’il ne se serve de la définition des critères pour exclure des gens vivant en société, de leur citoyenneté. C’est là que le critère résidence constitue une garantie d’inclusion universelle (encore que … il y restent des conditions). par contre la nationalité exclue. La nationalité pourrait être un critère d’accès à la citoyenneté dans un pays constitué uniquement de nationaux. C’est là l’absurde : cela n’existe plus! Nationalité est un mot utilisé presque exclusivement dans son acception juridique. Ethymologiquement c’est l’état d’être un national (de tel pays). En fait, la nationalité désigne le LIEN JURIDIQUE à un Etat déterminé, c’est à dire qu’elle désigne le régime juridique étatique sous lequel vos actes seront jugés, et du coup vous désigne comme titulaire de droits et devoirs qui dérivent du régime juridique concerné. En sociologie, ce n’est pas exactement l’état de « national » qui est parlant, mais le processus qui mène les gens a dire « je suis français » ET, en particulier « Nous, les français ». Le processus de socialisation est le facteur déterminant de la revendication de telle ou telle appartenance collective spécifique, que, ici, est appelée « nationale ». Et non pas la Naissance, fait certes objectif et « localisable », mais qui ne relève pas de la socialisation … qui -elle- s’opère après! Mais, pour d’autres, « natio », qui veut dire naissance, est connecté d’abord non pas avec le lieu, mais avec la filiation. Là aussi, en soi, la filiation n’est pas le processus de socialisation, mais une condition qui peut manquer (adoption, par exemple), sans que cela empêche une socialisation. Les parents naturels ne sont pas indispensables à la socialisation de l’enfant… mais certainement le fait de ne pas les avoir peut avoir des conséquences multiples… Mais justement, le sentiment d’appartenir à une collectivité qui est désignée par le nom d’un Etat, étant le résultat d’une socialisation, multiples appartenances sont possibles, puisqu’il n’est pas dit que les enfants et les jeunes sont forcément socialisés dans une seule culture (langue, souvenirs et histoires partagées par les membres d’une société, valeurs communes). De l’immigration -qui touche des millions d’enfants et jeunes- il résulte des socialisations « superposées », dans différents systèmes culturels ethniques ( on va dire, même si mal connoté). Cela développe des revendications d’appartenance collective. Indépendamment du fait de l’existence d’un Etat « derrière » ou pas. Ainsi, les kurdes développent un sentiment d’appartenance collective sans Etat par derrière. Les Rroms développent un sentiment d’appartenance collective sans un Etat par derrière et sans même la référence à un territoire précis. Ceci dit, l’usage répandu du mot « nationalité » mène à désigner les situations des personnes ayant eu plus d’une socialisation avec des caractéristiques distinctes, de bi-nationalité, alors que cette situation, se référant spécifiquement au lien juridique avec un Etat, peut avoir lieu sans socialisation dans la culture à laquelle est associé une nationalité déterminée. Il est fréquent que les bi-nationaux soient socialisés dans la culture de la nationalité première, mais pas nécessairement dans la deuxième. Ce sont des cas où la « deuxième nationalité » est acquise à l’âge adulte. Cette acquisition peut parfaitement avoir une justification pratique tout à fait légitime. Il s’agît alors d’enlever les contraintes diverses et variées qu’adviennent lorsque l’on réside dans un pays avec lequel le lien juridique de la nationalité n’existe pas . L’idéologie républicaine française ne nie pas que, dans la société française, il y a une diversité de cultures. Le côté vicieux de l’affaire est que pour un républicain, cette présence est tolérée- voir souhaitée- à condition que cette diversité vienne « enrichir » la « culture française ». Que, à terme, elle soit « absorbée » en quelque sorte dans cette culture. Nous appelons cela « la théorie des apports ». Une culture « non-française » présente sur le territoire français (kabyle, kurde, mandingue, portugaise, …) ne saurait se reproduire sur le territoire de la République. La population concernée par ces cultures « non-républicaines », allogènes est censé apporter des éléments « enrichissants » à la « culture française » … et rejoindre celle-ci. Cela signifie concrètement que cette culture allogène ne doit pas être présente, avec une identité propre, dans l’espace républicain, au delà de la troisième voire quatrième génération. Alors que la diversité culturelle présente en France constitue en quelque sorte un échantillon de cultures du monde, l’idéologie républicaine incite à sa disparition à terme, pan par pan. L’idéologie républicaine appauvrit à terme la richesse culturelle de la société française – en faisant croire qu’elle « sauve » ainsi la culture française.

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Une réflexion sur “Citoyenneté et nationalité

  1. ferran-valles dit :

    l’article est ancien mais je le prends comme attache pour un début de réflexion parce qu’il me semble valide. Je ne cesse d’y retrouver des choses et une façon de penser qui me plait. Je vais surement utiliser des mots à contresens comme toute personne qui a eu du temps à la réflexion mais pas à l’étude. Je ne l’écris pas par malice mais comme un véritable questionnement que j’aimerai approfondir par l’étude , le temps de l’étude, l’argent de l’étude, la perte de temps à se noyer dans des paradoxes. La vie m’a donné la chance que mon cerveau n’a pas voulu m’accorder: vivre dans un pays qui oblige à réfléchir ,travailler dans des lieux ou je ne pouvais perdre le sens de mes engagements que se soit rattaché par l’histoire de cette terre comme celle du collége ou j’ai modestement travaillé auprès des enfants. C’est le résultat d’un très long silence qui se demande comment on fait parti des sans voix en ayant été actrice pourtant de cette réflexion. Comme une transparence de l’être que je suis devenue dans cette histoire qui cherche plus qu’une analyse de l’état du moment de nouvelles modélisations dans l’Etat Européen à venir qui redessineraient l’histoire des nations , des peuples de cette europe avec nous les d’ici d’ailleurs, enfants de ce conflit ou visiblement les crimes du 20ieme siecle n’étaient qu’une étape dont nous sommes nés. Merci de votre pertinence

    Chroniques absurdes depuis nos territoires

    Les sans voix ne sont pas muets c’est vous qui êtes sourds.

    Tant de voix accumulées, absentes ou présentes des urnes. Si je devais associée ces voix aux cris restaient en travers des gorges,cachées derrieres des glottes, des jours d’expréssions populistes et populaires réduites à la transparence factice de ma boite, de mon urne qui apparaît sur le poste médiatique pour une souvent pour ne pas dire toujours une pitoyable soirée électorale..M’ éloigner
    du débat avec un salut, un sourire,un café, deux secondes et demi de convivialité. Je n’ai jamais autant voté que depuis que je vis au pays basque ; pour ajouter mon un à celui d’autres dans lequel en partie et en partie seulement je me reconnais, trop empéchée par ailleurs pour y trouver autre chose qu’une recherche partielle et publique d’un vœu que le temps éloigne de plus en plus d’une véritable esperance. Mais içi comme partout ou j’ai vécu , j’ai été confrontée aux sans voix. L’usage d’un droit ou son absence d’usage ne vaut que si on le détient. Quand je regarde les résultats exprimés en pourcentage un soir ou un lendemain d’elections je n’oublie jamais qu’il n’est pas le reflet de ma ville, de mon territoire, de mon pays. Si j’oppose au nombre de voix le nombre d’électeurs, si j’oppose au nombre d’électeurs le nombre d’habitants que parle la vraie nature de « l’égalité des droits  »dans l’état français ?. Ainsi, seulement une partie infiniment petite décide non pas de l’avenir de ma comunauté, mais de l’avenir de sa représentation publique, du visage que prendra, des visages que prendront ces représentants publiques . La délégation de compétences du systéme electoral français n’est déjà qu’une pâle copie de ce que pourrait être un semblant de démocratie directe qui respecterait proportionellement le résultat des urnes en le traduisant en nombre d’élus.Mais ceux et celles que nous élisons sont très vite gagnés par le goût du pouvoir et de sa délégation, très vite ils expriment, ils reculent quand ils ont promit, et nous resservent la peur des extrêmes.Trés vite ils reculent quand ils ont promit le droit de vote aux imigrés au nom de la stratégie, en reponse aux rumeurs de l’opinion publique, la montée des racismes, des antagonismes fantasmés, du droit qu’ils se forgent de cacher derriere une soi-disant démocratie directement issue des urnes une démocratie qui n’est rien d’autre que censitaire.Et elle l’est à plus d’un titre , elle l’est parce qu’elle interdit à des pans entiers de ma comunauté de participer au vote, elle est parce qu’elle s’offre des universités d’été ou le citoyen qui n’est pas en mesure de poser des congés est interdit de débat et de participation, elle l’est parce que la peur de la crise, la peur de la précarité, la peur des précaires, la peur de l’autre , la peur de perdre ou le désir fou de gagner empêche de prendre des engagements dignes de ce nom. Mais quand la peur est là, c’est que la guerre a déjà commencé .Ou
    comme diraient les plus libres penseurs de mes amis et connaissances parce qu’elle s’intenfie, et moi
    j’ajouterai qu’elle est à la lisiére de nos jardins pour ceux qui ont des jardins.Cette absence pitoyable
    d’engagements vis à vis des sans voix que ce soit pour des raisons sociales, identitaires, politiques, voir les trois confondus, cette fois de plus à nous raconter la démocratie participative, la participation citoyenne aux débats, la transparence de toute part, la démocratie qu’on s’offrira si on gagne comme si on jouait au loto comment allons nous à défaut de la changer immédiatement par la loi lui donner le droit d’être d’exister, de voter maintenant dés 2014 et de compter son vote à défaut de pouvoir la comptabiliser dans les résultats. Comment allons nous lui garantir à cette part infiniment cachée de ma comunauté avec laquelle je vis, de laquelle je me sens prôche, que seul l’exercice de la démocratie réelle garantie la pérénité et l’espoir de la tenir vivante entre nos mains avec tout ses débats ,ses differences, cette comunauté qui procéde de la même dignité que la mienne
    qui détient aujourd’hui les bons papiers d’identité depuis seulement deux générations et dont le précieux sésame n’a été offert à son pére que pour eventuellement mourir sur un champ de bataille qui ne disait pas son nom mais bien au nom de l’état français.2014 c’est les municipales et il est à craindre qu’elles n’échapperont ni aux conséquences de la crise, ni aux odeurs nauséabondes qui envahissent l’europe ces dernieres années soyons capables de lui opposer un projet social qui rendent aussi hommage aux competences démocratiques des sans voix car ce ne sont pas eux qui sont muets c’est vous qui êtes sourds….Salva mujero

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