Différence ou diversité?

Les discours sur la soi-disant « distance culturelle » se basent sur une opération de vrai et propre «mise à distance», qui consiste à inventorier ces caractères et à les rendre « coupables » des difficultés (ou facilités) que rencontre la dite « intégration ». Le classement selon la « distance culturelle » qui en dérive, acquiert relevance dans les discours des médias et des hommes politiques. Avec cette opération, se construisent des bases légitimantes pour des comportements sociaux, soit d’indifférence, soit d’hostilité diffuse, voir de discrimination sur plusieurs plans de la vie sociale. Il s’agit là, donc, des prétextes à la discrimination dans l’accès aux ressources communes pour des activités et investissements, en particulier culturels, à la discrimination dans l’emploi, et à bien d’autres sortes de discriminations .

Différence ou diversité?

La défense de ces identités culturelles, en particulier en France, est regardée avec suspicion. La démarche d’amalgamer cette défense avec les positions du différentialisme de gauche ou de la nouvelle droite, est assez courant. Et, souvent, le contexte de cette accusation de position « différentialiste », revient à l’accusation d’anti-égalitarisme, anti-républicanisme, et pire encore. Certains vont jusqu’aux accusations d’inconscience et d’angélisme contre ceux qui, de façon irresponsable, voudraient mener la France sur les chemins de Beyrouth, de Pretoria (avant Mandela), de Sarajevo, voir du Bronx ou du South Center de Los Angeles .

Le  piège se trouve dans l’usage du mot « différence ». En France, pays qui s’est fait une Nation grâce à l’Etat, les croyances que « la loi est égale pour tous » et que « tous sont égaux devant la loi » sont très enracinées dans les mentalités. Bien que, en France même, des lois spécifiques existent pour des populations spécifiques (ex: le Concordat dans l’Alsace et partie de la Lorraine, mais aussi des lois spécifiques pour la Corse, etc.), la perspective avancée pour les populations issues de l’immigration de disposer de droits culturels, est décodée en termes de .’droit à la différence ». Autant dire: il y a des gens qui revendiquent d’être différents en matière de droits, donc d’aspirer à l’inégalité! Cela aboutit, donc, à taxer une telle revendication d’absurde.

L’usage du mot « différence » place d’emblée le locuteur et l’interlocuteur dans le champ du comparatif et de I’hiérarchie (1 ).II suggère spontanément les idées d’inférieur et supérieur, de positionnement en termes de « haut » et de « bas ». Le mot « diversité », bien que souvent utilisé comme synonyme de « différence », se place plutôt dans le champ qualitatif (plus approprié à notre sujet), et peut présenter des connotations positives. Ce mot, en outre, grâce aux mouvements écologiques, a été valorisé: il suffit de rappeler la fortune du mot « biodiversité ». Le cas échéant, il est également légitime, de plaider pour une culturo-diversité, à la fois mondiale et à l’intérieur de chaque Etat.

Albano Cordeiro

Octobre 2001

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