Le communautarisme est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais*

Le communautarisme est comme le cholestérol :

il y a le bon et le mauvais*

En introduction à ce débat je propose une incursion –rapide- dans l’histoire des idées  des Sciences Sociales liés à cette problématique.

1.  La question vue par F. Tönnies

Un sociologue allemand, Ferdinand Tönnies, publie, en 1887, un ouvrage intitulée «Communauté & Société». Bien que le sujet n’était pas nouveau, ses définitions (des idéaux-type à la Max Weber) seront par la suite reprises pour expliquer des changements qui se sont opérés dans les nations européennes entre le XVIII et le XIXème siècle, en particulier, à la suite de la révolution industrielle et de l’expansion des villes au détriment des zones rurales.

Ainsi, nous allons vous donner quelques associations de notions qui se rattachent aux deux formes historiques du vivre ensemble.

COMMUNAUTÉ                                                     SOCIÉTÉ

1)Ancien                                                                    1)Modernité

___________________________________________________________________________

2)Cœur avant la raison                                              2)Raison prédominant sur le cœur

___________________________________________________________________________

3)Hiérarchisation sociale                                           3)Égalité formelle

___________________________________________________________________________

4)Loyauté                                                                  4)Choix individuels

___________________________________________________________________________

5)Confiance. Liens avec des gens.                            5)Echanges monétisés

Coopération. Conflit                                                  (sans obligation inhérente dans le cas du

don). Concurrence. Conflit. Intérêt. Calcul

___________________________________________________________________________

6)Prédominance du modèle                                      6)Prédominance du modèle contractuel.

familial (paradigme pour

d’autres formes

d’organisation sociale).

___________________________________________________________________________

7)Liens avec des gens :                                             7)Liens volontaires, contractuels

inter-connaissance entretenue,                                  Conflit. Concurrence

générant fidélité. Conflit.                                          Liberté pour religieux et non religieux.

Dans certains cas : partage

de la même religion.

___________________________________________________________________________

8)Volonté « organique »**                                       8) Volonté réfléchie

___________________________________________________________________________

9)Rôles sociaux rigides                                             9)Division du travail changeante,

sous contrôle social                                                   aléatoire

(et/ou religieux)

___________________________________________________________________________

10)Engagements collectifs.                                       10)Contrat (entre deux égaux),

Normes comportementales codifiées

Loi (l’Etat protège et l’applique à tous   avec égalité)

___________________________________________________________________________

11)Dévouement, sacrifice,                                        11) Respect, Dignité

Honneur

___________________________________________________________________________

12)Appartenances assignées

(assumées par la suite)                                               12) Appartenances volontaires (et/ou

assumées librement)

___________________________________________________________________________

13)Echanges entre gens qui                                       13) Echanges entre anonymes largement

se connaissent (fidélité)                                             majoritaires. Concurrence

___________________________________________________________________________

14) Domination seigneuriale.                                    14) Salariat. Liberté d’initiative Esclavage                                                              entrepreneuriale

Il faut ajouter que pour F.Tönnies, les sociétés réelles  combinent les traits de ces deux types.

2. La  position d’Emile Durkheim, sociologue français

Ce thème de la définition de deux formes sociétales a été repris par le sociologue français, contemporain de F. Tönnies, Emile Durkheim, considéré par ailleurs comme le père de la sociologie française.

E.Durkheim constate lui aussi que les individus  sont de plus en plus autonomes. Cela pose un problème de cohésion sociale qui doit passer par la solidarité. Dans son ouvrage «La division sociale du travail », publié six ans après celui de F.Tönnies, il distingue deux formes historiques des sociétés : celles de la «solidarité  mécanique» et celles de la «solidarité organique». Chez Durkheim, les sens de «mécanique» et de «organique» se trouvent renversés, par rapport au sens que leur donne F.Tönnies. La première est caractéristique des société archaïques, étant fondée sur la similitude entre individus non spécialisés, partageant des valeurs et des croyances. Elle est plutôt fusionnelle. La deuxième, par contre, est le propre des sociétés complexes, où les individus sont conscients de leur interdépendance, dérivée de la division sociale du travail. Les différences sont grandes entre les individus, pris dans une division élargie du travail, mais ils se complètent grâce  à la solidarité entre eux.

Pour Durkheim, les société modernes conservent des traits de la communauté ancienne, en particulier sa «conscience morale».Le lien social est un lien moral parce que tout individu est, en quelque sorte, «forcé à compter avec autrui». Cela crée une conscience collective qui est le ciment de la société. Dans ce sens, Durkheim écarte l’idée qu’un Contrat Social soit le fondement politique de la  société. Il est ainsi en contradiction avec la rhétorique républicaine, et cela expliquerait par la même que ces idées sont peu divulguées dans les milieux intellectuels et politiques acquis dans leur grande majorité à cette rhétorique.

Dans « solidarité organique », ce dernier terme  évoque, pour la société concrète concernée, l’intégration  à une totalité englobante … qui pour certains, se pourrait être la Nation.  Mais en tout cas, l’ «intégration» dont il est question chez Durkheim s’adresse à tous les éléments et composants de la société, et non pas à une partie seule de la société désignée comme intrinsèquement et originellement « à intégrer », comme l’on peut constater de nos jours, puisqu’elle ne concerne que la partie issue de l’immigration, et cela au delà même des générations arrivées adultes en France. Ce type de distinction est absent chez Durkheim :c’est toute la société qui a besoin d’intégration.

3. Les communautarismes

 

Si l’on accole le suffixe « isme » à communauté, cette  notion prend une place privilégiée et nous sommes dans le domaine de l’idéologie. Et en tant qu’idéologie la connotation donnée, en générale, est celle de l’anti-universalisme. Il s’agît là toutefois d’une des interprétations possibles. Les interprétations et perceptions évoluent.

Bien qu’aux USA il y ait des communautaristes réactionnaires (retour de l’ordre, de la tradition,  des « valeurs »), mais aussi des communautaristes  avec  une autre vision, celle de la communauté comme  créatrice de lien social contre société d’individus atomisés, anonymes. Il reste que, à cette notion se sont accolées des connotations négatives. En France, vous dites « communauté » et vous imaginez  une population régie par des lois qui n’émanent pas de la  … de la République. Les « communautés » seraient des creusets de l’Anti-France ; elles  attaqueraient les principes mêmes de la République, la mettant en danger, donc éveillant la nécessité de la défendre à tout prix.

Or, le fait qu’il existe une communauté quelque part, cela ne présuppose pas induit que les individus qui s’en revendiquent soient  régis par des lois différentes de celle pour tous.

En fait, il y va des communautés comme du cholestérol. Il y a des bonnes communautés mais aussi des mauvaises.

Pour qu’il y ait communauté, il suffit que l’on y constate une réalité d’interactions  sinon intenses du moins portant sur des domaines tenus pour essentiels dans la vie des individus. Une communauté dispose d’une multiplicité de réseaux internes ayant des connexions avec des réseaux « externes », qui sont nécessaires voire indispensables pour la vie normale en son sein. Ces réseaux sont de divers ordre (circulation de l’information, de solidarité, de projets répondant à des besoins »internes »,à des valeurs partagés, etc.), mais ils ne couvrent pas nécessairement la totalité de la vie sociale.

Le partage de valeurs et croyances n’est pas par contre une condition nécessaire. D’autant plus que, contrairement aux idées reçues, une communauté pour se reproduire se doit de « cultiver » activement une diversité interne, sociale, culturelle, économique, politique, voire religieuse  qui multiple et démultiplie les échanges internes. Elle a besoin de conflits internes (« le conflit est une des formes du vivre ensemble », disait déjà Sartre). Ces conflits témoignent de l’importance des liens existantes entre les individus et sous-groupes internes à la communauté. Il est certain toutefois que toutes les communautés sont le lieu  de maints conflits. Certains peuvent être centrifuges, mais d’autres ont un rôle que, contradictoirement, peut être celui d’être des occasions pour renforcer la cohésion interne.

C’est dans cette optique que l’on peut affirmer qu’il n’existe pas en France de « communauté maghrébine ». Ce terme est applicable aux tamouls de France, aux sikhs de France, et plus faiblement aux Portugais de France, à d’autres encore mais pas aux maghrébins. En parler, cela relève du fantasme. Certes, l’on peut déceler des « sous-communautés » maghrébines à appartenance régionale- mais dans leur globalité les Maghrébins ne forment pas une communauté en France.
Pourquoi, en France, bizarrement, le mot communauté suggère immédiatement « communauté maghrébine » alors que justement c’est le plus mauvais exemple de communauté?

La même question se pose pour la soi-disant « communauté musulmane » qui n’existe pas

Pour faire succinct : le contentieux issu de la décolonisation délégitime l’appartenance des maghrébins à la nation française (qu’ils auraient refusé). Ceci étant de l’ordre du « non-dit-non-disable », cela  surgit  sous différentes formes  dont  la crainte qu’ils se « regroupent » en communautés que l’on aurait alors des difficultés à contrôler, se régissant par d’autres lois que celles de la République – ce qui transparaît dans la phobie que le mot suscite. Ainsi, la question de savoir si les Maghrébins constituent ou pas une communauté, ne se pose même pas. Ils « doivent » être une communauté parce que cela « légitime » les peurs de leur sabotage (« non-intégration ») de la République.

——————————————————-

* Expression reprise de Pierre-André Taguieff

(in « Communauté, communautaire, communautarisme, perspectives républicaines », contribution à l’ouvrage collectif « Les Enfants de la République. Y a-t-il un bon usage des communautés ? », 2004)

 

** Par « organique », F. Tönnies fait référence à ce qui est « vital » : des instincts, des pulsions. L’emploi du mot  « réfléchie » est connecté à « décisions » par l’usage de la raison,  et dans lesquelles le calcul a une place importante.

 

http ://www.verts-paris20.org/Albano-Cordeiro

Le communautarisme est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais

05/03/2007 – par Albano Cordeiro

Introduction par Albano Cordeiro au débat sur les communautarismes qui a rassemblé 28 personnes le vendredi 9 février 2007 à la Teinturerie. Des compléments sur cet excellent « salon » seront publiés par ailleurs

En introduction à ce débat je propose une incursion rapide- dans lhistoire des idées des Sciences Sociales liés à cette problématique.

1. La question vue par F. Tönnies

Un sociologue allemand, Ferdinand Tönnies, publie, en 1887, un ouvrage intitulée « Communauté & Société ». Bien que le sujet n’était pas nouveau, ses définitions (des idéaux-type à la Max Weber) seront par la suite reprises pour expliquer des changements qui se sont opérés dans les nations européennes entre le XVIII et le XIXème siècle, en particulier, à la suite de la révolution industrielle et de lexpansion des villes au détriment des zones rurales.

Ainsi, nous allons vous donner quelques associations de notions qui se rattachent aux deux formes historiques du vivre ensemble.

 

COMMUNAUTÉ

SOCIÉTÉ

1 Ancien Modernité
2 Cœur avant la raison Raison prédominant sur le cœur
3 Hiérarchisation sociale Égalité formelle
4 Loyauté Choix individuels
5 Confiance. Liens avec des gens. Coopération. Conflit Echanges monétisés (sans obligation inhérente dans le cas du don). Concurrence. Conflit. Intérêt. Calcul
6 Prédominance du modèle(paradigme pour d’autres formes d’organisation sociale). Prédominance du modèle contractuel. familial
7 Liens avec des gens :(paradigme pour d’autres formes d’organisation sociale). Liens volontaires, contractuels Conflit. Concurrence générant fidélité. Conflit. Liberté pour religieux et non religieux.Dans certains cas : partage de la même religion.
8 Volonté « organique »** Volonté réfléchie
9 Rôles sociaux rigides sous contrôle social (et/ou religieux) Division du travail changeante, aléatoire
10 Engagements collectifs. Normes comportementales codifiées Contrat (entre deux égaux), Loi (l’Etat protège et l’applique à tous avec égalité)
11 Dévouement, sacrifice, Honneur Respect, Dignité
12 Appartenances assignées (assumées par la suite) Appartenances volontaires (et/ou assumées librement)
13 Echanges entre gens qui se connaissent (fidélité) Echanges entre anonymes largement majoritaires. Concurrence
14 Domination seigneuriale. Esclavage Salariat. Liberté d’initiative entrepreneuriale

Il faut ajouter que pour F.Tönnies, les sociétés réelles combinent les traits de ces deux types.

2. La position dEmile Durkheim, sociologue français

Ce thème de la définition de deux formes sociétales a été repris par le sociologue français, contemporain de F. Tönnies, Emile Durkheim, considéré par ailleurs comme le père de la sociologie française.

E.Durkheim constate lui aussi que les individus sont de plus en plus autonomes. Cela pose un problème de cohésion sociale qui doit passer par la solidarité. Dans son ouvrage « La division sociale du travail », publié six ans après celui de F.Tönnies, il distingue deux formes historiques des sociétés : celles de la « solidarité mécanique » et celles de la « solidarité organique ». Chez Durkheim, les sens de « mécanique » et de « organique » se trouvent renversés, par rapport au sens que leur donne F.Tönnies. La première est caractéristique des société archaïques, étant fondée sur la similitude entre individus non spécialisés, partageant des valeurs et des croyances. Elle est plutôt fusionnelle. La deuxième, par contre, est le propre des sociétés complexes, où les individus sont conscients de leur interdépendance, dérivée de la division sociale du travail. Les différences sont grandes entre les individus, pris dans une division élargie du travail, mais ils se complètent grâce à la solidarité entre eux.

Pour Durkheim, les sociétés modernes conservent des traits de la communauté ancienne, en particulier sa « conscience morale ».Le lien social est un lien moral parce que tout individu est, en quelque sorte, « forcé à compter avec autrui ». Cela crée une conscience collective qui est le ciment de la société. Dans ce sens, Durkheim écarte lidée quun Contrat Social soit le fondement politique de la société. Il est ainsi en contradiction avec la rhétorique républicaine, et cela expliquerait par la même que ces idées sont peu divulguées dans les milieux intellectuels et politiques acquis dans leur grande majorité à cette rhétorique.

Dans « solidarité organique », ce dernier terme évoque, pour la société concrète concernée, lintégration à une totalité englobante qui pour certains, se pourrait être la Nation. Mais en tout cas, l « intégration » dont il est question chez Durkheim sadresse à tous les éléments et composants de la société, et non pas à une partie seule de la société désignée comme intrinsèquement et originellement « à intégrer », comme lon peut constater de nos jours, puisquelle ne concerne que la partie issue de limmigration, et cela au delà même des générations arrivées adultes en France. Ce type de distinction est absent chez Durkheim :cest toute la société qui a besoin dintégration.

3. Les communautarismes

Si lon accole le suffixe « isme » à communauté, cette notion prend une place privilégiée et nous sommes dans le domaine de lidéologie. Et en tant quidéologie la connotation donnée, en générale, est celle de lanti-universalisme. Il sagît là toutefois dune des interprétations possibles. Les interprétations et perceptions évoluent.

Bien quaux USA il y ait des communautaristes réactionnaires (retour de lordre, de la tradition, des « valeurs »), mais aussi des communautaristes avec une autre vision, celle de la communauté comme créatrice de lien social contre société dindividus atomisés, anonymes. Il reste que, à cette notion se sont accolées des connotations négatives. En France, vous dites « communauté » et vous imaginez une population régie par des lois qui n’émanent pas de la de la République. Les « communautés » seraient des creusets de lAnti-France ; elles attaqueraient les principes mêmes de la République, la mettant en danger, donc éveillant la nécessité de la défendre à tout prix.

Or, le fait quil existe une communauté quelque part, cela ne présuppose pas induit que les individus qui sen revendiquent soient régis par des lois différentes de celle pour tous.

En fait, il y va des communautés comme du cholestérol. Il y a des bonnes communautés mais aussi des mauvaises.

Pour quil y ait communauté, il suffit que lon y constate une réalité dinteractions sinon intenses du moins portant sur des domaines tenus pour essentiels dans la vie des individus. Une communauté dispose dune multiplicité de réseaux internes ayant des connexions avec des réseaux « externes », qui sont nécessaires voire indispensables pour la vie normale en son sein. Ces réseaux sont de divers ordre (circulation de linformation, de solidarité, de projets répondant à des besoins »internes »,à des valeurs partagés, etc.), mais ils ne couvrent pas nécessairement la totalité de la vie sociale.

Le partage de valeurs et croyances nest pas par contre une condition nécessaire. Dautant plus que, contrairement aux idées reçues, une communauté pour se reproduire se doit de « cultiver » activement une diversité interne, sociale, culturelle, économique, politique, voire religieuse qui multiple et démultiplie les échanges internes. Elle a besoin de conflits internes (« le conflit est une des formes du vivre ensemble », disait déjà Sartre). Ces conflits témoignent de limportance des liens existant entre les individus et sous-groupes internes à la communauté. Il est certain toutefois que toutes les communautés sont un lieu de maints conflits. Certains peuvent être centrifuges, mais dautres ont un rôle peut-être contradictoire, celui de devenir occasions dun développement du rayon daction et dun renforcement de la cohésion interne.

Cest dans cette optique que lon peut affirmer quil nexiste pas en France de « communauté maghrébine ». Ce terme est applicable aux tamouls de France, aux sikhs de France, et plus faiblement aux Portugais de France, à dautres encore mais pas aux maghrébins. En parler, cela relève du fantasme. Certes, lon peut déceler des « sous-communautés » maghrébines à appartenance régionale- mais dans leur globalité les Maghrébins ne forment pas une communauté en France.

Pourquoi, en France, bizarrement, le mot communauté suggère immédiatement « communauté maghrébine » alors que justement cest le plus mauvais exemple de communauté ?

La même question se pose pour la soi-disant « communauté musulmane » qui nexiste pas

Pour faire succinct : le contentieux issu de la décolonisation délégitime lappartenance des maghrébins à la nation française (quils auraient refusé). Ceci étant de lordre du « non-dit-non-disable », cela surgit sous différentes formes dont la crainte quils se « regroupent » en communautés que lon aurait alors des difficultés à contrôler, se régissant par dautres lois que celles de la République – ce qui transparaît dans la phobie que le mot suscite. Ainsi, la question de savoir si les Maghrébins constituent ou pas une communauté, ne se pose même pas. Ils « doivent » être une communauté parce que cela « légitime » les peurs de leur sabotage (« non-intégration ») de la République.


* Expression reprise de Pierre-André Taguieff (in « Communauté, communautaire, communautarisme, perspectives républicaines », contribution à louvrage collectif « Les Enfants de la République. Y a-t-il un bon usage des communautés ? », 2004)

** Par « organique », F. Tönnies fait référence à ce qui est « vital » : des instincts, des pulsions. Lemploi du mot « réfléchie » est connecté à « décisions » par lusage de la raison, et dans lesquelles le calcul a une place importante.

La pertinence du mot « communauté »

La sociologie française est presqu’unanime pour rejeter l’usage du mot « communauté ». Ce terme est associé à une conception supposée opposée à celle qui en pratique en France et à ses traditions. Il est question d’une “tradition française” de ne pas reconnaître l’existence de communautés, qui remonterait à la Révolution Française, ou à la Loi Chapelier pour ceux plus au fait de l’Histoire.

S’agissant d’un fait social qui ne doit pas être nommé, la “communauté” devient un OSNI (objet social non identifié).

Parmi les différentes explications de cet état de choses, rappelons que ce mot est connoté avec un usage historique lié à la « communauté juive », qui se serait intégrée par rejet des liens communautaires. Les liens communautaires juifs faisaient de support à la permanence d’une identité collective, sur laquelle se greffaient tous les préjugés antisémites.

Reprendre l’usage du terme « communauté » signifie pour maints français prêter le flanc à ce que la population concernée soit ensuite cible des racistes.

Autre aspect curieux de l’idéologie dominante en France sur cette question, est l’idée que lorsque l’on désigne une communauté, il serait entendu que l’on affirme par-là que la population concernée est HOMOGÈNE. Ensuite, par simple observation ou avec un minimum de connaissance sur cette population-là, il est possible de contester l’existence d’une communauté … puisque la population en question est HÉTEROGÈNE. Pour ceux qui tiennent cette argumentation, il leur est difficile de comprendre qu’une communauté A BESOIN d’hétérogénéité pour se reproduire. La diversité interne est en effet vitale, puisque c’est grââce à elle que la communauté peut se perpétuer.

Sur d’autres latitudes l’usage du mot « communauté » ne souffre pas des mêmes connotations, ni comporte les mêmes dangers.

Pour certains, il y a une équivalence entre population et communauté, ce qui dilue le sens possible de ce mot. Pour d’autres, le mot comporte une indication d’origine, donc pourra éventuellement englober la population française de cette origine-là.

L’usage du mot “communauté” se justifierait lorsque dans une population déterminée on y observe des comportements communautaires, en particulier l’entretien de multiples réseaux assurant différentes fonctions sociales, et l’organisation de rites collectifs. D’autres indicateurs pourront être inventoriés (production culturelle, maintien de la langue, etc.).

A part le problème que les sociologues se mettront difficilement d’accord pour arrêter une “liste” d’indicateurs, il est toujours possible de contester la validité de tels indicateurs pour telle ou telle population, puisque l’importance qui leur sera accordée et la réalité même de leur consistance pourront toujours être passibles de l’accusation de subjectivisme.

De l’article pour Latitudes «Dans dix-quinze ans l’identité portugaise existira-t-elle encore ?»

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