DANS DIX-QUINZE ANS QU’ADVIENDRA-T-IL DE L’IDENTITÉ DES PORTUGAIS DE FRANCE ?

Albano CORDEIRO, URMIS, CNRS, Paris

Latitudes, n° 5, avril-mai 1999, pp. 3/6

Une communauté “disparue” qui a gardé son identité

La notion faussement scientifique de la « proximité culturelle » sert en général de réponse-clé à la question de la supposée « facilité » avec laquelle les Portugais résidents aujourd’hui en France et arrivés en France essentiellement dans les années 60 et début des années 70, se seraient « intégrés ». L’usage ici de cette notion semble tellement marquée par le bon sens que le cas des Portugais de France apparaît comme l’exemple même de sa justesse. La « proximité culturelle » existe et agît dans le sens de l’intégration. La preuve ? Les Portugais en France !

Quand l’interlocuteur accède à un deuxième stade de connaissance de l’immigration portugaise, cette notion sombre dans une contradiction. Comment expliquer qu’ils se sont si bien intégrés (à cause justement de leur « proximité culturelle » …) alors que des fortes minorités d’entre eux continuent, plus de trente ans après leur arrivée, à animer un extraordinaire entrelacement de multiples réseaux « internes » (entre Portugais) ? Au point que l’on a pu dire qu’ils constituaient, dans maintes situations locales, des  micro-sociétés parallèles juxtaposées à la société locale [1]

Ce comportement pluridécennal de retrait de la part des Portugais de France est le socle sur lequel l’identité portugaise a pu se maintenir jusqu’à nos jours au sein de la société française. En prolongeant les liens crées entre les familles, lors des années difficiles qui suivirent leur arrivée en France, en créant des espaces associatifs propres, en s’entraidant pour la recherche d’emploi, pour différentes tâches liées à l’éducation des enfants, les Portugais ont mis en place une sorte d’espace social propre. Nous l’avons appelé “troisième espace” [2], entre celui de la société locale française et celui du village d’origine.

Le maintien de cette identité est paradoxal [3]. En effet, alors que les sociologues affirment qu’une identité collective en situation d’expatriation ne pourra se maintenir à terme que si cette identité est « contrariée » [4], il devient difficile d’expliquer la résistance identitaire dont les Portugais de France ont fait preuve. On ne peut pas affirmer que l’identité portugaise en France a été victime de discriminations. S’afficher publiquement Portugais ne constituait pas, en général, un handicap.  Tout au plus, la désignation d’immigré leur apportait un préjugé défavorable, mais jouait également un contre-préjugé favorable lui aux Portugais (des “bons immigrés”), susceptible de neutraliser le premier.

Comment expliquer la discrétion avec laquelle les Portugais ont vécu en France au point de faire oublier leur propre existence et de devenir ainsi “la plus grande communauté invisible de France » [5] ? Nous savons que cette stratégie d’invisibilisation est plus ou moins suivie par toutes les migrations, mais la réussite est rare avant deux voire trois générations. S’il est vrai que tous les migrants du monde cherchent à établir et à garder de bons rapports avec les populations stabilisées des pays où ils s’installent, s’il est vrai que le racisme anti-maghrébin des années 70 a permis cette “disparition” des Portugais, n’empêche qu’il est rare constater un si grande  réussite dans la stratégie d’invisibilisation.

L’exception française

 Les vagues successives d’immigration que la France a connu depuis le milieu du XIXème siècle ont toutes subi une pression à l’assimilation aux “valeurs républicaines de la France”, devenue depuis “intégration”. Les migrants (belges, suisses, allemands, espagnols, italiens, polonais et autres) n’ont pas été visés directement par la rhétorique républicaine, dirigée plus spécialement vers les peuples des régions de France encore non francisées (du moins linguistiquement), et, avec quelque accommodation linguistique, vers les peuples colonisés. Et même si l’effet de cette rhétorique et des quelques politiques publiques [6] n’est peut-être pas exactement celui qui est proclamé (“La France a toujours su intégrer ses immigrés” ) [7], il reste que, encore aujourd’hui, l’idéologie républicaine est dominante.

Cette l’idéologie [8] proclame que la dite “intégration” ne peut être qu’individuelle : les immigrés doivent s’intégrer un par un. Il n’est donc pas question de s’intégrer tout en gardant vivante son identité collective. Encore moins que cette même identité puisse se reproduire sur le sol français.

D’une certaine manière, cette vision des choses est en porte-à-faux de la réalité. L’action des individus en sociétés ne peut se passer de l’usage des identités collectives et elles sont multiples et variées. Les appartenances collectives dont les individus se prévalent sont essentielles à cette vie sociale. L’idéologie républicaine les nient, mais elles sont tout de même présentes dans la société.

Les identités collectives existent parce que portées par des individus et parce que d’autres individus non-appartenants la reconnaissent. L’identité collective fait partie des identités individuelles (ce sont des “nous” prononcés par des “je”). L’intégration à la française ne signifie peut-être pas “laisser son identité (individuelle) au vestiaire”, mais elle signifie certainement: “lassez votre identité collective au vestiaire!”. Comme si celle-ci était une veste, peut-être vieillie ou archaïque, dont on pouvait se débarrasser … pour “entrer dans la modernité” et “accéder à l’universalisme”.

L’usage qui est fait dans l’idéologie républicaine de la notion d’”apports” est bien symptomatique de la conception des rapports entre la culture française et les cultures portées par les immigrés arrivés adultes en France. Plus ou moins tolérées tant que ces adultes ne passent pas la relève aux générations grandies ou nées en France, ces cultures n’ont qu’un destin : celui de devenir des apports à la culture de la Nation. Devenir des apports signifie que l’on s’attend à ce que ces mêmes cultures se trouvent un jour ou l’autre désarticulées, et de ce que sera resté, la France en fera des “apports” pour sa culture.

Nous sommes conscients que cela provient d’une bonne intention. Lorsqu’une population veut garder ses spécificités, cela comporte – en France, soulignons nous – des risques d’alimenter les tendances déjà présentes dans la société française et même dans les institutions (racisme institutionnel, racisme de guichet). C’est vrai que, sans des défenses appropriées, une culture, une identité culturelle, ne pourra subsister à terme dans le contexte français, à moins d’une folklorisation, d’une muséïfication, ou d’une intégration de ses produits culturels dans la grande consommation sous la forme de “world music”, de “world kitchen” ou de “world culture”.

Les Portugais de France pourraient rendre un service à la France

L’hégémonie de l’idéologie républicaine n’aide pas la France à percevoir positivement  les enjeux de la mondialisation [9] en cours, et à en tirer parti. C’est cette idéologie qui mène à considérer la déperdition de la langue des parents par les jeunes issus de l’immigration comme un indicateur d’intégration[10], qui se méfie de la double nationalité, à cause des “doubles allégeances”, ou qui voit dans la manifestation de volonté de devenir français une garantie contre ces mêmes “doubles allégeances”. C’est cette même manière de penser qui mène à proclamer dans la Constitution que “le Français est la langue de la République”, dans une vision réductrice de la diversité linguistique dans la société française.

Nous sommes désormais dans un processus transnational et supranational, et cette attitude corresponde à une époque qui disparaît, celle des États-nation du XIXème siècle. Mais il faudra du courage pour dépasser l’idée que l’unique identité collective admise à structurer l’espace public  [11] est celle française.

Lors de l’émergence de la jeunesse algérienne issue de l’immigration, dans la première moitié des années 80, une occasion historique s’est présentée de secouer ces conceptions qui freinent maintes évolutions en France. Les mouvements de jeunes de cette période étaient connotés comme oeuvre des jeunes de l’immigration algérienne, en associant d’autres jeunes issus de l’immigration, et ont pu jouir d’une certaine sympathie de la part de l’opinion publique, du moins jusqu’à ce que SOS Racisme, misant sur un humanisme de façade, reporte sur lui cette même sympathie.

C’est vrai que ce mouvement de jeunes porté par des jeunes issus de l’immigration algérienne, en manifestant contre le racisme, affirmaient leur appartenance à ce pays, mais le contentieux historique franco-maghrébin de la guerre d’Algérie posait des limites à ses potentialités. L’idée qui a émergé lors de Convergence Pour l’Égalité de 1984, de poser la perspective d’une France pluriethnique et solidaire, n’a pas été écoutée et fut noyée par les médias qui n’y voulaient voir qu’une initiative “antiraciste” [12].

La logique de traditionnelle discrétion des Portugais de France devrait porter à terme à la disparition de l’identité portugaise[13]. Toutefois, l’avenir de cette identité dépend essentiellement de la génération suivante, celle de ceux qui ont grandi ou sont nés en France. Seront-ils nombreux ceux qui la reprendront ? Dans cette incertitude se joue donc l’avenir de l’identité.

Ces jeunes sont mieux armés que ne l’ont été leurs parents, pour faire vivre l’identité portugaise dans les espaces publics que la société française offre. Socialisés dans deux cultures, ces jeunes devenus adultes ont, par leur accointance avec la société française, par la connaissance de son fonctionnement, par leurs réseaux qui touchent une variété de milieux sociaux beaucoup plus large que ceux que leurs parents ont pu toucher. Cela leur donne des moyens d’agir plus en profondeur dans la société.

Les rares enquêtes sur les jeunes d’origine portugaise (que la presse portugaise appelle “lusodescendants”) semble confirmer une reprise de l’affirmation d’appartenance dans des dimensions que les sociologues étaient loin de soupçonner[14]. Il est toutefois encore tôt pour savoir si cette affirmation d’appartenance se limitera à un “usage interne”, dans les espaces privés ou dans les espaces publics clos des milieux portugais, ou si cela sortira de l’invisibilité classique pour apparaître (sans complexes) au grand jour.

Un autre facteur – qui n’est pas de la responsabilité des Portugais de France – est susceptible de changer la donne.

Cela fait déjà 13 ans que le Portugal est entré dans la Communauté Européenne. Jugé pendant longtemps sans incidence majeure dans leur vie quotidienne et dans leur avenir, ce changement de statut a fait son chemin dans les esprits sur les Portugais arrivés adultes et sur la génération suivante. La symbolique du droit de vote lié à la citoyenneté européenne, est venue donner des contours à une notion restée longtemps sans contenu. Cela concerne plus particulièrement les parents de ceux qui sont nés en France (parce que français), mais cette valorisation rejaillit sur ceux-ci. Pour beaucoup, une plus grande confiance à s’assumer dans la société française en est ressortie.

Les Maghrébins de France étaient, pour beaucoup de français, de gens illégitimes à faire partie d’un ensemble français[15], étant issus de peuples “qui auraient refusé d’être français”. Par rapport à l’immigration maghrébine, les Portugais de France ont l’atout de l’absence de contentieux entre eux et les Français. La possession de la citoyenneté européenne enlève de la force à l’idéologie nationaliste républicaine, et crée des conditions favorables à l’affirmation  d’identités connotées comme européennes, au nom de l’égalité de traitement à laquelle ont droit ces identités.

Le maintien de l’identité portugaise sur une si longue période d’immigration, la surprise qu’a constitué l’affirmation d’appartenance chez des jeunes adultes issus de cette immigration, la revalorisation de leur statut par la possession de la citoyenneté européenne, constituent des éléments qui rend crédible -mais pas du tout sûre- l’hypothèse d’une reproduction de l’identité portugaise en France. Non pas l’identité des Portugais du Portugal mais une identité (re)construite ici. Une identité métissée, certes, mais qui ne serait pas pour autant à confondre avec celle portugaise ou celle française.

Cela serait une bonne nouvelle : une communauté active de citoyens européens avec leur identité propre. Pour la première fois, depuis deux siècles d’histoire de la France, une autre identité culturelle que celle française aurait accumulé des conditions pour être reconnue dans l’espace public.

Sans illusions. Sachons que cette évolution demande beaucoup de conditions à remplir. Sera-t-il possible maintenir et construire une nouvelle identité si l’un des éléments récurrents des identités, tel que la langue, est-il sur une pente quasiment inexorable d’extinction ? Les liens avec le Portugal s’intensifient et se diversifient et cela freinera peut-être ce processus. Par ailleurs, des cas d’”ethnicité sans langue” sont constatables : une partie des chicanos des États Unis la revendique. Le mouvement associatif, qui fût l’un des piliers du maintient de l’appartenance culturelle, est en crise de passation de génération de dirigeants.

Les tenants de l’idéologie nationaliste républicaine difficilement accepteront une telle évolution. Pour le moment, l’invisibilité des Portugais de France ne contrarie pas particulièrement cette évolution. Peut-être même la favorise. La condition essentielle reste toutefois la volonté même des intéressés à s’engager dans une telle direction. Les conditions resteront encore potentiellement réunies pour quelques années encore (dix-quinze ans ?).

Sinon, comme toutes les autres identités qui ont été présentes le temps d’une génération d’adultes immigrés, l’identité des Portugais de France disparaîtra. Cela n’aurait rien de tragique.

Quant au national-républicanisme français, héritier du jacobinisme centralisateur, il a, de toutes manières, ses jours comptés.

La pertinence du mot « communauté »

La sociologie française est presqu’unanime pour rejeter l’usage du mot « communauté ». Ce terme est associé à une conception supposée opposée à celle qui en pratique en France et à ses traditions. Il est question d’une “tradition française” de ne pas reconnaître l’existence de communautés, qui remonterait à la Révolution Française, ou à la Loi Chapelier pour ceux plus au fait de l’Histoire.

S’agissant d’un fait social qui ne doit pas être nommé, la “communauté” devient un OSNI (objet social non identifié).

Parmi les différentes explications de cet état de choses, rappelons que ce mot est connoté avec un usage historique lié à la « communauté juive », qui se serait intégrée par rejet des liens communautaires. Les liens communautaires juifs faisaient de support à la permanence d’une identité collective, sur laquelle se greffaient tous les préjugés antisémites.

Reprendre l’usage du terme « communauté » signifie pour maints français prêter le flanc à ce que la population concernée soit ensuite cible des racistes.

Autre aspect curieux de l’idéologie dominante en France sur cette question, est l’idée que lorsque l’on désigne une communauté, il serait entendu que l’on affirme par là que la population concernée est HOMOGÈNE. Ensuite, par simple observation ou avec un minimum de connaissance sur cette population-là, il est possible de contester l’existence d’une communauté … puisque la population en question est HÉTÉROGÈNE. Pour ceux qui tiennent cette argumentation, il leur est difficile de comprendre qu’une communauté A BESOIN d’hétérogénéité pour se reproduire. La diversité interne est en effet vitale, puisque c’est grâce à elle que la communauté peut se perpétuer.

Sur d’autres latitudes l’usage du mot « communauté » ne souffre pas des mêmes connotations, ni comporte les mêmes dangers.

Pour certains, il y a une équivalence entre population et communauté, ce qui dilue le sens possible de ce mot. Pour d’autres, le mot comporte une indication d’origine, donc pourra éventuellement englober la population française de cette origine-là.

L’usage du mot “communauté” se justifierait lorsque dans une population déterminée on y observe des comportements communautaires, en particulier l’entretien de multiples réseaux assurant différentes fonctions sociales, et l’organisation de rites collectifs. D’autres indicateurs pourront être inventoriés (production culturelle, maintien de la langue, etc.).

A part le problème que les sociologues se mettront difficilement d’accord pour arrêter une “liste” d’indicateurs, il est toujours possible de contester la validité de tels indicateurs pour telle ou telle population, puisque l’importance qui leur sera accordée et la réalité même de leur consistance pourront toujours être passibles de l’accusation de subjectivisme.

Les Portugais sont-ils les plus nombreux parmi les immigrés?

Parmi les communautés invisibles de France, les portugais constituent, sans aucun doute, la plus importante. Mais ils partagent cette invisibilité‚ avec d’autres. Pensons à ces “visibles » qui sont invisibles à plusieurs égards, les “domiens » (originaires des Départements d’outremer) ou les Vietnamiens.

On ne peut affirmer que la population portugaise de France constitue la population d’origine immigrée la plus nombreuse, qu’au vu du critère nationalité.

Or, il faut savoir que le critère qui génère du sens auprès du commun des français, ce n’est pas  la nationalité‚ mais plutôt l’origine ethnique. Mais ce critère ethnique ne joue que combiné avec celui de la “visibilité ».

La visibilité d’un groupe de population d’origine immigrée est d’abord produite par la société elle-même. L’apparence physique “différente” ne désigne pas forcément un groupe ethnique visible. La visibilité sociale de tel ou tel groupe ethnique est le produit d’un ensemble de facteurs, dont le principal serait la “dangerosité sociale ». Celle-ci est plus fantasmée que prouvée. L’histoire des relations entre les français et tel ou tel groupe national ou ethnique intervient également dans la production sociale de “visibilité”.

La nationalité‚ n’est qu’un indicateur de l’appartenance ethnique. Les groupes ethniques sont désignés indépendamment de la possession ou la non de la nationalité française.

Le fait que l’immigration de nationalité portugaise soit la plus nombreuse, est un fait qui ne compte pas. En termes de groupe ethnique, les trois nationalités du Maghreb forment un seul groupe désigné collectivement comme des “maghrébins” ou comme “arabes”. Ce sont eux les plus nombreux.

C’est cette information qui a de la valeur et du sens. Ce sont eux, et non pas les Portugais, qui constituent la plus importante immigration de France.

Les statistiques mentent…


[1] On entend ici par « société locale » des espaces d’interaction  (sur le plan politique, social, culturel) des populations locales, jouissant d’une certaine visibilité. Souvent, une partie d’une population locale, autochtone ou pas, développe des espaces « obscurs », non-participatifs, hors la visibilité du pouvoir local. Les Portugais, outre leurs rapports inter-familiaux, constituent des espaces associatifs multifonctions assurant en particulier une bonne partie des loisirs collectifs, prennent en charge des activités extra-scolaires pour des jeunes, entretiennent des rapports de solidarité pour l’entraide en matière de recherche d’emploi et de logement.

Nous sommes ici dans des notions (société locale, « dedans »/ »dehors ») qui sont d’ordre subjectif, mais que l’on retrouve souvent dans les discours des gens.

[2] A. Cordeiro, « Le paradoxe de l’immigration portugaise »,  in Hommes & Migrations, n° 1123, juin-juillet 1989.

[3] Albano Cordeiro [1989], op. cit.

[4]  Ph. Poutignat, J. Streiff-Fénart, F. Barth, “Théories de l’ethnicité”, PUF, 1995.

[5] Albano Cordeiro, in revue Travail , n° 7, 1985

[6]  voir des pressions de la société civile. De supposés constats de “non-intégration” ou de “non-assimilation” de tel ou tel groupe de population, a toujours pu légitimer des comportements hostiles à l’égard de ses membres. De ce racisme, il en résulte une intériorisation de la nécessité de s’”intégrer” ou de s’”assimiler” pour ne pas avoir à subir les conséquences de tels jugements.

[7] Le constat que l’on retrouve systématiquement chez tous les auteurs d’ouvrages historiques sur l’immigration, est celui des “difficultés de l’intégration” mais qui n’auraient pas empêché à terme d’intégrer tous les immigrés les uns après les autres (cf. G. Noiriel, “Le creuset français”, Seuil, 1992 ; Laurent Mucchielli, “La France a toujours intégré ses immigrés”, in Sciences Humaines, février 1997). Dans le contexte du discours, faire état des “difficultés” a pour but de valoriser l’effort des immigrés pour s’intégrer. Ils sont ainsi supposés avoir tous la volonté de s’intégrer, en faisant par là la confusion habituelle entre volonté de réussir socialement et économiquement et acquérir un sentiment d’appartenance à la nation France.

En fait, le bilan de l’intégration – qui maintient la confusion signalée – ne tient pas compte de toutes les familles certaines populations  d’origine non-française, comme les harkis et leurs familles, pendant des dizaines et des dizaines d’années. Vision historique oblige. (suite dans la page suiv.)

Or, ces retours volontaires ou forcés (lors de la crise des années 30) ne sont pas négligeables pour un bilan. Pour donner juste un exemple, signalons celui de l’immigration polonaise : seule une minorité est restée après 1es retours des années 30 et l’accord de rapatriement après la 2ème Guerre Mondiale (cf. Janine Ponty “Polonais, ces méconnus”, Publications de la Sorbonne)

[8]  La “République” serait la communauté politique qui ne perçoit que des citoyens libres et responsables devant la loi commune, qui ne reconnaît pas aux communautés confessionnelles, ethniques, et aux lobbies de toutes sortes le droit de structurer l’espace politique.  Mais il peut y avoir d’autres conceptions de la “République”.

[9]  Le mot “mondialisation” est pris ici dans le sens donné para Edgar Morin, celui de la tendance multiséculaire de l’humanité aux échanges entre les peuples. Nous n’observons actuellement qu’une accélération de cette tendance. Il n’est pas donc utilisé ici dans l’autre sens, assez courant, celui de synonyme de “néolibéralisme”.

[10]   Michèle Triballat, “Faire France”, La Découverte, Paris, 1995.

[11]  La notion d’espace public, dans l’idéologie républicaine, ne comporte que deux “acteurs” : l’individu et l’État. La réalité est celle d’une multiplicité d’espaces publics, et d’un continuum qui va des espaces privés collectifs circonscrits  jusqu’à l’espace des rapports des organisations et individus avec divers segments de l’État (J. Habermas, “L’intégration républicaine – essais de théorie politique”, Fayard, 1998).

[12]  Saïd Bouamama, Hadjila Sad-Saoud, Mokhtar Djerdoubi, “Contribution à la mémoire des banlieues”, éditions du Volga, 1994.

Nous regrettons que cet ouvrage sur les mouvements des jeunes issus de l’immigration maghrébine des années 80 ne fasse pas la part de la contribution des jeunes portugais à Convergence 84 pour l’Égalité, contribution qui fut déterminante pour sa préparation et pour la porter à terme. Ces jeunes et militants portugais étaient liés au CEDEP (Collectif d’Études et de Dynamisation de l’Émigration Portugaise) et à l’association Centopeia (cf. José Vieira, Josée Chapelle, O. Najgeborn et Nelson Rodrigues, “La ruée vers l’égalité”, éd. Mélanges, 1985).

Nous soutenions, à cette époque, l’existence d’une alliance objective entre Portugais de France et Algériens de France (cette expression même était interdite en quelques sorte, dans le milieu des jeunes d’origine algérienne, à cause de ses incidences avec le contentieux historique franco-algérien). Cette alliance portait sur un objectif d’ouvrir la France aux cultures présentes sur son sol à la suite de l’immigration des dernières décennies.

[13]  Le fait d’utiliser le mot “identité portugaise” ne signifie pas qu’il n’existe qu’une seule identité et que toute personne d’origine portugaise en est porteur. Les identités réelles varient d’individu à individu. L’ identité collective de type culturel se retrouve dans le “nous” exprimés par les individus, mais elle ne peut être définie de façon figée. Pour chaque individu ce “nous” pourra avoir des contenus différents, mais le sociologue et l’anthropologue pourront constater la récurrence de certains éléments dans les différentes combinaisons que chaque individu construit.

[14]  Isabel A. Ribeiro, J. Portugal Branco et Roselyne de Villanova, “Jeunes issus de l’immigration portugaise en région parisienne” , in Hommes & Migrations, n° 1210, novembre-décembre 1997.

[15] L’expression “ensemble français” est utilisée ici pour se distinguer de la Nation Française. Il présuppose la multiculturalité dans une conception distincte de celle qui consiste à assigner les populations à des communautés non communicantes entre elles (“multiculturalisme critique”, M. Wieviorka, “La société fragmentée ? Le multiculturalisme en débat”, La Découverte-Syros, 1997).

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